Critiques

Hacking Alert et MINUIT PORTANT au Fringe

Hacking Alert © Roxanne Guerra-Lacasse / Minuit portant © Hannah Covey
Notre collaboratrice Léa Villalba a vu au Fringe deux propositions chorégraphiques qui placent le corps au cœur de questions de société : Hacking Alert, du collectif Corps-Signal, interroge notre rapport aux technologies, tandis que Minuit portant, du collectif APARTÉ & Co, déploie une satire élégante des constructions sociales liées au genre.

 

Hacking Alert : le corps contre la machine

Megan Gaudreault dans Hacking Alert © Roxanne Guerra-Lacasse

Petits mouvements, fluidité. Un corps s’anime et prend tranquillement vit devant nos yeux. Soudainement, il se trouve en face d’une chaise, qui, sans rien faire, semble attirer l’interprète. Celle-ci, une fois assise, parait peu à peu happée par la lumière qui éblouit ses yeux. Notifications et autres bruits technologiques font office de fonds sonores, assez sourds. Sans avoir besoin de paroles, la première partie de la création est très claire : elle représente une partie de la population actuelle dont le travail nécessite la technologie, alors synonyme de chaise et d’ordinateur au quotidien.

Par la suite, la séquence chorégraphique évolue, s’intensifie, mêlant bugs sonores et à-coups corporels. La texture des mouvements devient plus robotique, sans tomber dans le cliché. La danseuse, bien qu’elle ait été l’initiatrice de cette relation corps-machine, semble peu à peu perdre le contrôle. Le déchainement puis l’épuisement sont par la suite les états de corps, et d’âme, qui l’habite. Le tout, en toute authenticité dans son interprétation.

C’est ensuite une séquence plus calme, en tout fluidité, aisance et rempli de belles respirations qui nous emporte dans la beauté de l’être humain, et toute la sensibilité du corps. L’interprète se laisse aller, se sent, se «re»sent. Reconnecte après s’être « connectée ».

Ainsi, en toute simplicité et douceur, Hacking Alert partage une réflexion sur la place des technologies dans nos vies et la liberté qui reste inhérente à nos corps, à nos êtres.

Hacking Alert

Auteur.trice: Roxanne Melissa Guerra-Lacasse. Metteur.euse.s en scène : Roxanne Melissa Guerra-Lacasse et Evan Tomlinson Weintraub. Chorégraphe et danseur.euse interprète : Megan Gaudreault. Jusqu’au 19 juin au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.


 

MINUIT PORTANT : élégant réquisitoire

Sarah Roy et Johanna Simon, interprètes de MINUIT PORTANT © Hannah Covey

Dès l’entrée en salle, les deux interprètes nous plongent dans leur univers. Elles sont vêtues de dentelles, de couleurs douces, très pâles, et anonymisées par un collant qui couvre l’entièreté de leur visage. Sur la scène, canapé et tapis vintage font office de décor. Visuellement, la pièce est, dès le départ, très intéressante.

Les deux personnages n’entrent pas en scène, ne commencent pas un spectacle, mais vivent, tout simplement, leur vie. Ainsi elles se déplacent dans l’espace, bougent les objets, s’assurent qu’ils soient bien placés, propres, arrangés. Les personnages se meuvent à tout petit pas, sautillent presque, tout en restant ultras discrets. Juste le bruit de leurs chaussures à petits talons rythme leurs passages.

Dès le début, on comprend le ton moqueur, satirique, de la pièce. On sourit et on s’attache aussi très vite aux personnages. Ceux-ci interagissent ensemble seulement par le biais des objets au départ, puis peu à peu se découvrent, échangent, jouent presque ensemble. Sans pour autant lâcher leurs fous. Toujours dans la simplicité, toujours un peu coincées, souvent maladroites, et drôles. Du début à la fin, les deux interprètes de talent restent dans leur monde maniéré ultra poli. Elles sont amusantes, touchantes, mais pas que.

En effet, dans un deuxième temps, même si le ton reste léger, sont introduits certains clichés liés au genre féminin. On comprend alors que la pièce a aussi été créée pour dénoncer certains rôles, certaines constructions sociales, encore présentes de nos jours, et qui pèsent sur la vie des femmes.

Avec Minuit portant, Johanna Simon nous immerge dans un univers esthétique et ludique tout en apportant un propos engagé. À travers une gestuelle recherchée et une proposition qui s’approche parfois du théâtre, elle remet en question certaines normes de notre société. En toute élégance.

MINUIT PORTANT

Metteuse en scène et chorégraphe: Johanna Simon. Danseuses et interprètes: Sarah Roy et Johanna Simon. Dramaturge: William Tanguay. Photographe: Hannah Covey. Jusqu’au 21 juin au Conservatoire de musique et d’art dramatique.