Royaume s’effondre, du créateur et interprète Maxim Laurin, est une création hybride entre théâtre, danse et cirque, présentée en première mondiale dans le cadre de la série L’Autre Cirque de Montréal Complètement Cirque. Le ton était donné avant même le lever de rideau : l’une des artistes à la planche coréenne, Lily-Claire Major, s’est blessée, et c’est Jérémi Lévesque qui l’a remplacée à pied levé. Du risque, à tous les niveaux.
Le spectacle puise dans l’autobiographie, à partir du récit de vie de Laurin et du départ inattendu de son père pour la Thaïlande. De ce point de départ intime, la pièce se déploie en tableaux — le choc du divorce familial, la quête amoureuse, les rapports maladroits pères-fils —, et le personnel cède rapidement le pas à l’universel. Dramaturgiquement, c’est efficace.
Le récit naît généralement dans la parole, avant de se prolonger, parfois de se résoudre, dans l’expressivité des corps. Le quatrième mur est brisé dès le départ, par des échanges décontractés entre les interprètes sur scène, et on se permet des plongées dans la fiction, avec parfois des saynètes plus théâtrales ou clownesques.
Quand c’est comique, le ton est bien maîtrisé. Il en va autrement de la querelle entre le père (Frédéric Langevin) et la mère (Hanna Grove), en ouverture de spectacle : le jeu, trop réaliste, cherche à justifier la rupture plutôt qu’à l’incarner — et s’essouffle vite face à ce qui suit. Ce réalisme détonne d’autant plus qu’il frôle le téléroman, alors que le reste du spectacle navigue plutôt entre la parole vraie, non fictive, et un jeu délibérément exagéré ou comique.

Maxim Lauirin, créateur de Royaume s’effondre et spécialiste en planche coréenne,
Déconstruire le nid
Plus le spectacle avance et plus la paire forme un duo efficace, mêlant habilement danse et acrobatie. Les corps s’attrapent, et se projettent en l’air. Les deux renversent au passage le décor du faux salon, provoquant la déconstruction progressive et littérale de l’espace familial.
Tout au long de la pièce, les rouages sont à peine cachés. Le Plancher-bascule — cet alliage de 4 planches sautoirs de différentes largeurs — se transforme sans cesse sous nos yeux. Il y a quelque chose de jouissif à voir les artistes patenter cette plateforme en continuelle transformation, mais aussi à changer de costumes et même à se permettre quelques décrochages bien sentis. Comme lorsque le public est obnubilé par le solo comique de marionnette corporelle interprété par Grove, les autres artistes deviennent metteurs et metteuses en scène et commencent à lui donner des directions avec des « Mets plus d’énergie ! » ou « Non, ça marche pas vraiment ». Ce voyage entre la fiction et le réel est fluidement exécuté.
Corps en équilibre précaire
L’hybridation entre la danse et l’acrobatie permet aussi de nombreuses prouesses sur cette plateforme mobile. Les chorégraphies embrassent les possibilités de ce plancher instable. Il y a une satisfaction viscérale à ressentir le poids des corps sur les planches, qu’on entend souvent vibrer sur le sol de la scène. On y joue autant sur les effets de pente que sur les déséquilibres des différentes planches qui se dérobent sous les pieds, jusqu’aux propulsions aériennes vertigineuses, qui nous font retenir notre souffle à plus d’une reprise.
Et le pari est réussi pour Royaume s’effondre, qui va certainement continuer de se bonifier avec le temps.
Créateur et interprète : Maxime Laurin. Interprètes : Frédéric Langevin, Frédérique Cournoyer Lessard, Gaël Della Valle, Hanna Grove, Lily-Claire Major, Pauline Bonnani. Composition sonore : Félix Boisvert. Conception des costumes : Angela Rassenti. Théatre La Chapelle, jusqu’au 10 juillet
Royaume s’effondre, du créateur et interprète Maxim Laurin, est une création hybride entre théâtre, danse et cirque, présentée en première mondiale dans le cadre de la série L’Autre Cirque de Montréal Complètement Cirque. Le ton était donné avant même le lever de rideau : l’une des artistes à la planche coréenne, Lily-Claire Major, s’est blessée, et c’est Jérémi Lévesque qui l’a remplacée à pied levé. Du risque, à tous les niveaux.
Le spectacle puise dans l’autobiographie, à partir du récit de vie de Laurin et du départ inattendu de son père pour la Thaïlande. De ce point de départ intime, la pièce se déploie en tableaux — le choc du divorce familial, la quête amoureuse, les rapports maladroits pères-fils —, et le personnel cède rapidement le pas à l’universel. Dramaturgiquement, c’est efficace.
Le récit naît généralement dans la parole, avant de se prolonger, parfois de se résoudre, dans l’expressivité des corps. Le quatrième mur est brisé dès le départ, par des échanges décontractés entre les interprètes sur scène, et on se permet des plongées dans la fiction, avec parfois des saynètes plus théâtrales ou clownesques.
Quand c’est comique, le ton est bien maîtrisé. Il en va autrement de la querelle entre le père (Frédéric Langevin) et la mère (Hanna Grove), en ouverture de spectacle : le jeu, trop réaliste, cherche à justifier la rupture plutôt qu’à l’incarner — et s’essouffle vite face à ce qui suit. Ce réalisme détonne d’autant plus qu’il frôle le téléroman, alors que le reste du spectacle navigue plutôt entre la parole vraie, non fictive, et un jeu délibérément exagéré ou comique.
Maxim Lauirin, créateur de Royaume s’effondre et spécialiste en planche coréenne,
Déconstruire le nid
Plus le spectacle avance et plus la paire forme un duo efficace, mêlant habilement danse et acrobatie. Les corps s’attrapent, et se projettent en l’air. Les deux renversent au passage le décor du faux salon, provoquant la déconstruction progressive et littérale de l’espace familial.
Tout au long de la pièce, les rouages sont à peine cachés. Le Plancher-bascule — cet alliage de 4 planches sautoirs de différentes largeurs — se transforme sans cesse sous nos yeux. Il y a quelque chose de jouissif à voir les artistes patenter cette plateforme en continuelle transformation, mais aussi à changer de costumes et même à se permettre quelques décrochages bien sentis. Comme lorsque le public est obnubilé par le solo comique de marionnette corporelle interprété par Grove, les autres artistes deviennent metteurs et metteuses en scène et commencent à lui donner des directions avec des « Mets plus d’énergie ! » ou « Non, ça marche pas vraiment ». Ce voyage entre la fiction et le réel est fluidement exécuté.
Corps en équilibre précaire
L’hybridation entre la danse et l’acrobatie permet aussi de nombreuses prouesses sur cette plateforme mobile. Les chorégraphies embrassent les possibilités de ce plancher instable. Il y a une satisfaction viscérale à ressentir le poids des corps sur les planches, qu’on entend souvent vibrer sur le sol de la scène. On y joue autant sur les effets de pente que sur les déséquilibres des différentes planches qui se dérobent sous les pieds, jusqu’aux propulsions aériennes vertigineuses, qui nous font retenir notre souffle à plus d’une reprise.
Et le pari est réussi pour Royaume s’effondre, qui va certainement continuer de se bonifier avec le temps.
Royaume s’effondre
Créateur et interprète : Maxime Laurin. Interprètes : Frédéric Langevin, Frédérique Cournoyer Lessard, Gaël Della Valle, Hanna Grove, Lily-Claire Major, Pauline Bonnani. Composition sonore : Félix Boisvert. Conception des costumes : Angela Rassenti. Théatre La Chapelle, jusqu’au 10 juillet