Sonia Gomez est une chorégraphe catalane de réputation internationale qui explore depuis quelques années les possibilités du corps vieillissant en danse. De retour à Montréal avec son solo Elk (élan, ou orignal chez nous), elle s’entoure d’objets organiques servant à révéler sa vraie nature comme artiste d’expérience.
Nous n’allons pas présumer que le titre, Elk, fait référence à l’orignal de nos forêts même si vous connaissez le Québec. Quelle a été votre inspiration pour cette pièce ?
L’œuvre est basée principalement sur la nature et la relation qui unit la danseuse-performeuse avec son corps intérieur et extérieur. Il s’agit d’un pacte entre les muscles et le désir, une exploration des possibilités physiques à partir de l’âge de 50 ans. Elk symbolise le lien entre la vie et l’énergie qui unissent le ciel et la terre, le visible et l’invisible.
Vous aviez utilisé dans le passé des objets inorganiques comme des miroirs, des toiles immenses, des éclairages puissants… Cette fois, c’est le contraire, on vous voit avec une pierre lourde, de la paille, de la laine… Pourquoi ?
Cette démarche a commencé avec la pièce Bailarina (Ballerine) en 2014 [NDLR : présentée à L’Agora de la danse en 2017 en duo avec Marc Béland sous le titre Bailarinas]. C’est donc la deuxième œuvre, mais cette fois comme soliste, qui s’inscrit sous le thème de « Toujours danser » qui étudie les possibilités chorégraphiques des interprètes âgés de 40 ans et plus.

Depuis des années, et ce dans plusieurs disciplines, les artistes partagent la scène avec des matériaux divers qui sont plus que des accessoires. Comment décrire la relation qui existe entre les objets et l’interprète, soit vous, dans Elk ?
Bien, l’idée derrière Elk est de maintenir le corps en danse à partir d’une liste aléatoire de choses. La relation entre la musique, la danse et les matériaux organiques est directe et sincère, de soi à soi, sans artifices, très naturelle dans le fond.
Votre travail explore également les thèmes de l’identité et des tricheries humaines dans un contexte social. Dans ce parcours primé autour de sujets sérieux, est-ce que l’humour, dont vous faires preuve, aide à vous faire comprendre ?
Oui, le sens de l’humour est fondamental quand je crée et quand je performe. Mais il doit être subtil, discret, élégant. Si, en plus, il permet de faire réfléchir le public, c’est génial. Bingo !

Vous avez donc travaillé avec Marc Béland auparavant. Vous avez beaucoup chorégraphié et vous vous produisez en solo aussi. Quelles sont les prochaines étapes de votre brillante carrière ?
Avec Marc, nous avons présenté Bailarinas, une version particulière, en duo, de mon solo Bailarina. Je souhaite continuer à danser autant que je le peux, tout en vieillissant. J’écris ma devise sur une pancarte, un objet simple toujours présent dans mes spectacles. C’est un talisman qui affirme ceci : « je n’arrêterai jamais de danser ». Voilà, je tiens à exprimer mes cordiales salutations au public québécois.
Elk est présenté le 12 septembre 2026 à la Cinquième salle de la Place des Arts dans un programme double avec 1+1 Miniatures de Lina Cruz.
Quartiers Danse, une année de renouveau
La 24e édition du Festival Quartiers Danses, présentée à Montréal du 9 au 19 septembre 2026, marque la transition entre le fondateur Rafik Hubert Sabbagh et la nouvelle direction de l’événement composée de Kyra Jean Green, Charles Brécard et Pauline Gervais.
En salle, la Cinquième Salle de la Place des Arts accueille l’essentiel de la programmation payante, avec une soirée d’ouverture réunissant les Grands Ballets Canadiens et Liam Francis, suivie d’une dizaine de soirées mettant en dialogue des voix d’ici et d’ailleurs : Margie Gillis, Lina Cruz, Sonia Gómez, Hélène Blackburn et Cas Public, PPS Danse, ou encore les regards croisés entre Montréal et Hong Kong avec Béatrice Larrivée et KT Yau Ka-Hei. Le Monastère accueille pour sa part l’expérience immersive Le Smile Club de Kyra Jean Green, tandis que l’ONF propose une programmation de courts-métrages suivie d’échanges avec les artistes. Le festival se referme les 18 et 19 septembre à l’Usine C avec REPLICA d’Andrea Peña & Artists.
En parallèle, la programmation gratuite en contexte urbain déploie la danse dans l’espace public montréalais, des Jardins Gamelin à la Place des Festivals en passant par le Marché Atwater, la Place d’Armes et la rue Sainte-Catherine. On y retrouve autant une vitrine dédiée à la relève chorégraphique qu’un battle de krump, des propositions autour des enjeux climatiques et identitaires, ainsi qu’un focus asiatique sur le corps. La série D’images en mouvement se décline en trois actes tout au long du festival, et la programmation se conclut avec FQD Mini, un volet destiné au jeune public à la Salle Émile Legault et à BAnQ. Cette diversité de lieux et de formats confirme la volonté de la nouvelle direction d’ancrer le festival à la fois dans les salles institutionnelles et dans le tissu urbain de la ville.




