L’attaque délibérée contre le peuple et l’art ukrainiens, unanimement condamnée par l’Occident et de nombreuses organisations internationales, fait l’objet d’une œuvre chorale de Philippe Ducros sur la scène du Théâtre Aux Écuries.
À la suite de l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie a entamé son invasion du Donbass. Huit ans plus tard, l’offensive générale est déclenchée, entraînant son lot d’actions barbares dont le pilonnage de cibles civiles. Le 16 mars 2022, alors qu’il sert d’abri antiaérien à plus d’un millier de femmes, d’hommes et d’enfants, le Théâtre d’art dramatique régional de Donetsk à Marioupol est lâchement bombardé, faisant près de 600 victimes. De cette tragédie, Ducros tire un texte qui, selon ses dires, « sonde le vertige ressenti en tant qu’humain et artiste devant la férocité des guerres en cours. »
En effet, la sensation de tournis est indéniable devant cette proposition qui s’étire sur près de deux heures, tant les changements de styles et les ruptures de tons sont fréquents. Ainsi, l’intéressante mise en abyme qui débute le spectacle se transforme en fragments de plus en plus incohérents, mêlant théâtre documentaire, envolées oniriques et scènes naturalistes.
À court de munitions

Alors qu’on commence à s’intéresser au personnage du dramaturge qui doit quitter femme et filles pour défendre sa patrie, l’arc narratif est brouillé par une succession de numéros inégaux, transformant le destin de ce noyau familial en une simple anecdote.
De plus, le ton souvent emphatique et les accents étrangers font obstacle à l’intelligibilité de nombreuses répliques, rendant l’interprétation inégale.
Côté scénographie, la projection d’acétates et l’utilisation d’ombres chinoises à outrance et par surcroit, de manière très artisanale, illustrent, certes, métaphoriquement, le peu de moyens dont disposaient les Ukrainiens face à l’armée russe. Cependant, cette désuétude scénographique ajoutée aux pépins techniques, le soir de la première, ainsi qu’aux autres écueils mentionnés plus haut, laissent peu de lustre à cette production.

On retient toutefois de ce projet fort louable à dénoncer l’inqualifiable, certains faits soulignant la perfidie de l’assaillant. Il appert que le mot enfant, en russe, aurait été peint en gros caractères sur les parvis avant et arrière du théâtre pour sensibiliser l’envahisseur. Cela n’ayant eu visiblement aucun impact. On y apprend aussi qu’Evguéni Mironov, grand acteur russe et directeur du Théâtre des Nations à Moscou aurait participé à la reconstruction du célèbre bâtiment ukrainien, devenu désormais le Théâtre républicain dramatique russe de Marioupol et qui a officiellement ouvert ses portes le 28 décembre 2025.
Nous sommes maintenant en 2026 et le conflit s’éternise, alors que chaque jour, des innocent·es de chaque côté de la frontière en paient lourdement le prix. La dernière scène de Marioupol, de loin la plus émouvante, nous rappelle le destin tragique de certains survivant·es. Un couple âgé, coincé dans son nouveau HLM, gracieuseté du gouvernement de Poutine, se remémore de tendres souvenirs dont leur petit jardin et les soirées de comédies dans l’enceinte du défunt théâtre. Les lambeaux de cette ancienne vie sont suivis d’une minute de silence qui en dit long…

Marioupol
Texte : Philippe Ducros. Mise en scène : Sasha Samar. Avec Maryline Chery, Sylvie De Morais-Nogueira, Olena Khomyakova, Jon Lachlan Stewart, Marie-Christine Lê-Huu, Alexander Peganov, Richard Thériault et Lesly Velázquez. Assistance à la mise en scène : Guillaume Deman. Scénographie : Julie Vallée-Léger. Éclairages et régie : Thomas Godefroid. Costumes : Catherine Gauthier. Conception sonore : Arthur Champagne. Jusqu’au 10 octobre 2026 aux Écuries.




