Comédien, adaptateur et directeur de plateau de doublage, il a surtout été un pédagogue marquant au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Hubert Fielden est mort le 24 octobre, neuf jours après avoir célébré ses 94 ans. Son petit-fils, Geoffrey Fielden, a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux en saluant « un homme plus grand que nature », dont la passion pour les arts, le doublage et le théâtre l’accompagnera toute sa vie. Depuis, quelques hommages paraissent sur les réseaux sociaux, en particulier de la part d’anciens élèves.
Un professeur, un maître
Selon un entretien publié dans JEU en 1985, Hubert Fielden a commencé à enseigner au Conservatoire en 1967. Il y a donné les cours d’improvisation, de jeu pour la caméra et de création pendant des décennies. Ces ateliers de création ont longtemps abouti, l’été, à une tournée de spectacles en France. En formation continue, il supervisait aussi les ateliers de jeu en doublage et enseignait l’adaptation.
L’auteur dramatique Louis-Dominique Lavigne l’a eu comme professeur au début des années 1970. « Il a été le plus important professeur de ma formation. Je lui dois à peu près tout », écrit-il sur Facebook. À une époque où l’écriture dramatique ne s’enseignait pas encore, et où la création collective s’imposait sur les scènes québécoises, c’est par l’improvisation qu’il dit avoir appris à écrire. Il reproduisait les exercices de son maître avant d’inventer les siens, et il pense encore à lui chaque fois qu’il anime un atelier. Il décrit un animateur toujours valorisant, « présent tout en disparaissant » derrière les exercices qu’il proposait, une discrétion qu’il rattache à sa formation de mime.
La comédienne Isabelle Cyr évoque elle aussi « un professeur, un maître ». Elle se souvient d’un homme bon, posé, toujours à l’écoute, à la voix douce et réconfortante, qui savait redonner confiance aux élèves quand le doute prenait trop de place.
Marie-Ève Beaulieu raconte un souvenir précis. À la fin de sa première année, elle reçoit un « avertissement », la sanction redoutée des élèves de l’époque : on la juge trop sensible, trop à fleur de peau. Elle éclate en sanglots. Dans son petit bureau, Hubert Fielden, alors directeur par intérim, la rassure : l’école croit en elle, sa sensibilité est une force, à condition de ne pas la laisser prendre le dessus. Elle ressort apaisée, et elle découvre dans les mois suivants le simple plaisir de jouer. Des années plus tard, elle salue ce « vieux sage » à la voix douce d’un clin d’œil : « Kawabunga, Maître Splinter ! » C’est une allusion au rat philosophe des Tortues Ninja, qu’il avait doublé.

De Maisons-Laffitte à Montréal
Né le 15 octobre 1932 à Maisons-Laffitte, en France, d’un père anglais et d’une mère française, Hubert Fielden a grandi en Colombie avant d’émigrer au Canada en 1941, en pleine guerre. Il étudie au Collège Jean-de-Brébeuf, au Collège Stanislas, puis en lettres et langues à l’Université de Toronto. Toujours considéré comme citoyen français, il fait son service militaire au milieu des années 1950 et sert comme officier en Algérie pendant la guerre d’indépendance.
Il fait ses débuts au théâtre chez les Compagnons de Saint-Laurent. Il étudie ensuite l’art dramatique à Paris, où il fréquente notamment le cours René Simon, et le mime auprès de Marcel Marceau. De retour à Montréal en 1957, il joue à la scène, à la radio et à la télévision, en français comme en anglais, à Radio-Canada et à la CBC. Les enfants de l’époque se souviendront peut-être de son personnage de Sautapic dans La Boîte à surprises, dont il a aussi réalisé de nombreux épisodes.
Maître du doublage
À partir de 1968, Hubert Fielden devient l’un des artisans du doublage québécois. Il adapte et dirige des dizaines de films et prête sa voix en français, en anglais et parfois en espagnol. On lui doit notamment l’adaptation de Slap Shot, devenu Lancer-frappé (1977). Cette version truculente, en langue populaire québécoise, a acquis le statut de film culte.
Le public a souvent entendu sa voix sans connaître son visage. Il a été Albus Dumbledore dans la version québécoise de la saga Harry Potter, Clint Eastwood dans Gran Torino, Splinter dans Les Tortues Ninja, et le Docteur Parnassus de Christopher Plummer. Il a aussi prêté sa voix à plusieurs personnages de jeux vidéo, dont Assassin’s Creed et Prince of Persia.
Molière pour Sa Majesté le public
Hubert Fielden a continué d’écrire et de mettre en scène pour ses élèves bien au-delà de l’âge de la retraite. En 2013, il présente Le P’tit Jourdain à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. En janvier 2015, il y revient avec Mademoiselle Molière, qu’il écrit et met en scène pour La Dérive, une troupe de neuf finissants du Conservatoire née lors d’une tournée en France à l’été 2013.
Dans sa critique pour JEU, Lucie Renaud y voyait un opus « doublement pédagogique ». Le spectacle offrait aux adolescents un collage astucieux de scènes tirées d’une dizaine de pièces de Molière, lié par la trajectoire d’Armande Béjart. Il offrait aussi aux jeunes interprètes un vaisseau idéal pour faire leurs premières armes. Lucie Renaud relevait qu’il n’hésitait pas à mêler le québécois et le français normatif, la valetaille s’exprimant dans une langue truffée de clins d’œil savoureux. C’était un écho, quarante ans plus tard, à l’audace langagière de Lancer-frappé.
L’œil derrière le Roi Boiteux
On connaît moins un dernier aspect, plus singulier, de son parcours. Au début des années 1980, Hubert Fielden a été, en amateur, photographe de théâtre. Par amitié pour l’équipe du Nouveau Théâtre Expérimental, il a suivi Vie et mort du Roi Boiteux de Jean-Pierre Ronfard, de l’Espace Libre jusqu’à l’Expo-Théâtre, Lennoxville et Ottawa. Il a aussi photographié les spectacles des Productions Germaine Larose. Ronfard lui avait demandé de documenter, de fond en comble, l’ancienne caserne de la rue Fullum avant qu’elle ne soit transformée en Espace Libre.
JEU lui a consacré un entretien dans son dossier sur la photographie de théâtre (n° 37, 1985). Ses images du Roi Boiteux ont accompagné, pendant près de trente ans, les dossiers et les hommages que la revue a consacrés à Ronfard et à Robert Gravel.





