Le Théâtre du Gros Mécano souligne ses 50 ans avec une création grisante et étincelante comme des vagues au clair de lune. On y trouve des deuils, des fêtes, de la poésie, dans un écrin de sable et de bois de grève habité par des musiciens et des marionnettes.
Flo se réveille la nuit et cherche sa grand-mère. L’enfant est en deuil de sa mère. L’aïeule l’apaise et lui raconte comment sa lignée est liée au rivage, aux eaux, aux grèves.
Dès la première réplique de Jasmine Dubé, on est happé par sa voix profonde et chaleureuse — d’une douceur qui envoûte le cœur et le serre, juste un peu, dans les moments tristes. Quelle magnifique idée d’avoir confié à cette grande dame du théâtre et de la littérature jeunesse le rôle d’une grand-mère conteuse, qui personnifie le fleuve.

Au début, la pénombre qui enveloppe la scène et la prose réaliste laissent craindre que l’attention du jeune public dérive, mais bien vite le vaisseau artistique protéiforme prend le large. Les jeux de lumières et d’ombres douces font naître la magie.
La poésie se lève. On goûte, tout du long, le plaisir des mots — des longs, des rares, des chatoyants, qui s’arriment naturellement aux histoires de traversée, de naissance, d’enracinement et de déracinement.
Du vent du fleuve à la fête
La présence constante de trois musiciens — Sylvain Neault au violon, Steve Hamel aux percussions et Marion Parrinello au violoncelle — installe des ambiances et des changements de rythme qui gardent le jeune public attentif. De l’ivresse des profondeurs aux mélodies joyeuses des veillées, les corps tanguent ou tapent des mains en cadence.
Marjorie Audet, qui, elle aussi, œuvre en création jeunesse depuis longtemps, interprète l’enfant dans toute sa peine, son incompréhension, sa curiosité. Surtout, elle bouge, elle vogue, tant lorsqu’elle manipule des objets (canot, caravelle, baleine) qui traversent l’espace scénique que lorsqu’elle accorde son corps aux mouvements de la musique.
Marion Parrinello interprète une mère dans la lignée de Flo. Elle danse et joue, apportant une nouvelle percée de douceur lumineuse. L’interprète est au cœur d’une scène superbe et renversante : couchée sur le sol, les jambes levées pour faire osciller son violoncelle comme un bateau bercé par les vagues, elle en joue à l’envers, tandis qu’une marionnette s’y agrippe pour aller vers une nouvelle vie.

Castelet paysage
La scénographie de Vano Hotton, autre complice aguerri, combine un plancher de sable, où les interprètes tracent des sillons pour faire apparaître villages et îles ; deux amas de rochers et de bois flotté rappelant la silhouette qui se dessine au large du Bic ; et une zone à l’arrière où se rejoignent les vagues et les étoiles. Un paysage en plusieurs plans, castelet déconstruit qui devient un territoire à habiter et à aimer.
Plusieurs marionnettes blanches de différentes tailles évoquent joliment, avec quelque chose de gracile et d’intemporel, la lignée de femmes au cœur de la pièce. On aurait beaucoup aimé les voir de plus près.
Carol Cassistat, capitaine et auteur, et Pierre Robitaille, maître-marionnettiste, pilotent une équipe de concepteurs et d’interprètes particulièrement solide et talentueuse. En cette première mondiale de ce qui deviendra probablement une belle et longue tournée, quelques passages manquent encore légèrement de relief ou de précision — dans une proposition néanmoins fluide et remplie de moments précieux.
Flo des rives
Texte : Carol Cassistat. Mise en scène : Carol Cassistat et Pierre Robitaille. Scénographie : Vano Hotton. Costumes : Guylaine Petitclerc. Mouvements : Fabien Piché. Marionnettes et accessoires : Pierre Robitaille et Guylaine Petitclerc. Lumières : Jérôme Huot et Cath Ross. Musique en direct, environnement sonore et composition originale : Sylvain Neault (violon), Steve Hamel (percussions) et Marion Parrinello (violoncelle). Avec Jasmine Dubé et Marjorie Audet. Une production du Théâtre du Gros Mécano pour les 8 à 12 ans présentée à La Caserne — scène jeune public, jusqu’au 7 novembre, puis au Théâtre La Rubrique, à Jonquière, le 12 décembre.




