Entre la genèse et l’exécution de Sol Invictus existe une contradiction. Son chorégraphe, Hervé Koubi, évoque son désir de danser tel un enfant, de verser dans le lumineux, la communion et de déclarer son amour à toutes les danses. Or, cette lumière n’est pas immédiate dans le spectacle. Sa perception est sporadique, car le travail de Koubi est dense, impressionnant et donne parfois l’impression de s’éparpiller. Sans être exigeant, il demande de lâcher prise et de d’accepter que son côté divertissant prenne le pas sur son côté réflectif.
Sol Invinctus, qui signifie « soleil invaincu » ou « soleil invincible », puise son aura dans la physicalité, la puissance et l’amplitude. Les 17 danseur.seuses se lancent donc dans une course effrénée, ponctuée d’acrobaties, de sauts et de poses exigeantes. Elle met en évidence l’appétence du chorégraphe pour les danses urbaines, dont il en reprend les codes et leur confère une approche contemporaine. Ces deux styles sont vite discernables chez les interprètes, les B-boys excellant par exemple dans le headspin (tour sur la tête), là où les artistes de formation contemporaine démontrent une plus grande fluidité. D’autres influences notamment celtes et slaves, contribuent à ce mélange culturel et humain.
Loin de nuire à la cohésion chorégraphique, ces différences de rendus corporels sont complémentaires, combinant impact visuel et contrôle organique. Dans ce flot extraordinaire tenu de bout en bout émergent des fulgurances de mise en scène. On pense aux déplacements quasi aériens qui impliquent de nouveau l’agilité et la force physique, ou encore à cette toile dorée qui sublime plusieurs séquences.
La musique, en particulier celle de Mikael Karlsson et de Beethoven, apporte des accents plutôt sombres. La luminosité recherchée par Koubi n’est donc pas si évidente et doit passer au travers d’obstacles pour s’exprimer. Des moments plus joyeux aux sonorités méditerranéennes – sans doute un clin d’œil aux origines du chorégraphe – finissent tout de même par s’insérer ici et là. Mais la légèreté prônée dans la présentation du spectacle est loin d’être l’énergie dominante.
La répétition, qui danse contre son camp
S’il est difficile de percevoir la joie, impossible de passer à côté des sentiments de solidarité et de communion. Hormis le fait de danser ensemble malgré les interdits de leur pays d’origine, les interprètes brillent par leur connivence et leur lien de confiance, en particulier lors des acrobaties. Mais en dépit d’une ligne directrice relativement définie, trop d’écritures chorégraphiques tentent de cohabiter. En découle un chaos symbolique que l’on ne peut s’empêcher d’essayer de comprendre, notamment lorsqu’il penche vers la sacralisation.
Puis vient la question de la répétition. Celle du rythme, qui alterne entre lenteur et rapidité, et celle des mouvements. Ces derniers ont beau s’inspirer de différents styles, ils finissent par perdre notre attention à force d’être reproduits. Sans compter qu’ils apportent quelques longueurs à une fin qui pourrait arriver un peu plus vite.
Sol Invictus souffre aussi de quelques facilités et, par bien des aspects, se veut davantage une démonstration de performances qu’une signature dansée. La multiplication des acrobaties, l’enlevage aléatoire des t-shirts chez les danseurs ou encore le charisme (trop) mis en évidence de plusieurs interprètes détournent le propos de base. Et même si plusieurs images coupent le souffle par leur beauté ou l’implication physique qu’elles exigent, elles s’en trouvent souvent réduites à leur potentiel visuel plus qu’à leur pouvoir fédérateur.
Nonobstant ces éléments, ce spectacle marque par son accessibilité et, par extension, son universalité. Certes, ces ressentis s’obtiennent plus en regardant qu’en interprétant, mais au final, la danse de Koubi répond à son intention originelle de profiter de la communauté et de sa lumière.
Chorégraphies : Hervé Koubi. Performance : Compagnie Hervé Koubi. Musique : Mikael Karlsson, Maxime Bodson, Steve Reich, Ludwig Beethoven. Une production Danse Danse présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts du 13 au 17 janvier 2026.
Entre la genèse et l’exécution de Sol Invictus existe une contradiction. Son chorégraphe, Hervé Koubi, évoque son désir de danser tel un enfant, de verser dans le lumineux, la communion et de déclarer son amour à toutes les danses. Or, cette lumière n’est pas immédiate dans le spectacle. Sa perception est sporadique, car le travail de Koubi est dense, impressionnant et donne parfois l’impression de s’éparpiller. Sans être exigeant, il demande de lâcher prise et de d’accepter que son côté divertissant prenne le pas sur son côté réflectif.
Sol Invinctus, qui signifie « soleil invaincu » ou « soleil invincible », puise son aura dans la physicalité, la puissance et l’amplitude. Les 17 danseur.seuses se lancent donc dans une course effrénée, ponctuée d’acrobaties, de sauts et de poses exigeantes. Elle met en évidence l’appétence du chorégraphe pour les danses urbaines, dont il en reprend les codes et leur confère une approche contemporaine. Ces deux styles sont vite discernables chez les interprètes, les B-boys excellant par exemple dans le headspin (tour sur la tête), là où les artistes de formation contemporaine démontrent une plus grande fluidité. D’autres influences notamment celtes et slaves, contribuent à ce mélange culturel et humain.
Loin de nuire à la cohésion chorégraphique, ces différences de rendus corporels sont complémentaires, combinant impact visuel et contrôle organique. Dans ce flot extraordinaire tenu de bout en bout émergent des fulgurances de mise en scène. On pense aux déplacements quasi aériens qui impliquent de nouveau l’agilité et la force physique, ou encore à cette toile dorée qui sublime plusieurs séquences.
La musique, en particulier celle de Mikael Karlsson et de Beethoven, apporte des accents plutôt sombres. La luminosité recherchée par Koubi n’est donc pas si évidente et doit passer au travers d’obstacles pour s’exprimer. Des moments plus joyeux aux sonorités méditerranéennes – sans doute un clin d’œil aux origines du chorégraphe – finissent tout de même par s’insérer ici et là. Mais la légèreté prônée dans la présentation du spectacle est loin d’être l’énergie dominante.
La répétition, qui danse contre son camp
S’il est difficile de percevoir la joie, impossible de passer à côté des sentiments de solidarité et de communion. Hormis le fait de danser ensemble malgré les interdits de leur pays d’origine, les interprètes brillent par leur connivence et leur lien de confiance, en particulier lors des acrobaties. Mais en dépit d’une ligne directrice relativement définie, trop d’écritures chorégraphiques tentent de cohabiter. En découle un chaos symbolique que l’on ne peut s’empêcher d’essayer de comprendre, notamment lorsqu’il penche vers la sacralisation.
Puis vient la question de la répétition. Celle du rythme, qui alterne entre lenteur et rapidité, et celle des mouvements. Ces derniers ont beau s’inspirer de différents styles, ils finissent par perdre notre attention à force d’être reproduits. Sans compter qu’ils apportent quelques longueurs à une fin qui pourrait arriver un peu plus vite.
Sol Invictus souffre aussi de quelques facilités et, par bien des aspects, se veut davantage une démonstration de performances qu’une signature dansée. La multiplication des acrobaties, l’enlevage aléatoire des t-shirts chez les danseurs ou encore le charisme (trop) mis en évidence de plusieurs interprètes détournent le propos de base. Et même si plusieurs images coupent le souffle par leur beauté ou l’implication physique qu’elles exigent, elles s’en trouvent souvent réduites à leur potentiel visuel plus qu’à leur pouvoir fédérateur.
Nonobstant ces éléments, ce spectacle marque par son accessibilité et, par extension, son universalité. Certes, ces ressentis s’obtiennent plus en regardant qu’en interprétant, mais au final, la danse de Koubi répond à son intention originelle de profiter de la communauté et de sa lumière.
Sol Invictus
Chorégraphies : Hervé Koubi. Performance : Compagnie Hervé Koubi. Musique : Mikael Karlsson, Maxime Bodson, Steve Reich, Ludwig Beethoven. Une production Danse Danse présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts du 13 au 17 janvier 2026.