Quand un clown met son âme à nue, on est émus, quoique fort drôlement. Artistes émérites, René Bazinet et son collègue David-Alexandre Després assument leur statut d’orphelin de père en offrant un spectacle magistral, Fils manqués, dirigé par Jean-François Nadeau et présenté jusqu’à samedi prochain à La Licorne, puis en tournée au Québec.
JEU : Le sujet du père manquant et du fils orphelin abordés dans la pièce renvoie au sensible et à la fragilité. Comment réussit-on à en rire ?
René Bazinet : Je n’ai jamais su ce que c’était que d’avoir un père. Je suis né en Allemagne en 1955, et j’ai grandi aux côtés de ma mère. Elle était seule et elle luttait pour survivre. Moi — je suis de nature quelqu’un de très sensible et empathique —, j’absorbais toutes ses tensions. Quand on grandit dans le déséquilibre et qu’on a une grande volonté de survie, notre esprit trouve des mécanismes inattendus. La psyché ne peut pas endurer toute la souffrance, alors elle la détourne : elle la transforme en rire. L’humour devient alors un moyen de survie. Je crois que David-Alexandre Després et moi avons appris, dès notre plus jeune âge, à protéger notre sensibilité à travers l’humour. Aujourd’hui, nous sommes capables d’offrir ce regard particulier sur nos traumatismes.
Comme il s’agit d’une reprise, parlez-nous des premières représentations du spectacle. Comment les avez-vous vécues et quelle a été la réception ?
J’ai longtemps travaillé comme clown de cirque et dans des « variétés » (variety) en Allemagne, notamment comme MC. En revenant au théâtre, je me suis rappelé que j’étais aussi acteur, pas seulement clown. J’ai étudié le jeu, tout comme David-Alexandre. Lorsque j’étais à l’école de Jacques Lecoq, il nous répétait qu’un mime est un bon mime, ou un clown est un bon clown, tout d’abord parce qu’il est acteur. J’ai réalisé que je n’étais pas là uniquement pour faire rire. Je pouvais émouvoir, faire pleurer, choquer et toucher les gens autrement que par le rire. Ça a été une extrêmement belle surprise. La veille de la première, je n’avais aucune idée de la manière dont le public allait accueillir tout ça. J’ai été ébloui par la réaction du public, par l’amour que les gens ont eu pour le spectacle dès le début.
Est-ce que les doutes de départ exprimés en entrevue à propos de l’intimité de la salle ont été résolus ?
J’aime beaucoup les petites salles. Cette proximité permet une relation plus fine avec le public, presque comme si l’on pouvait lui chuchoter des choses, tout en étant parfaitement compris. On peut être très intime pendant une heure… mais après c’est terminé ! (rires) Mon expérience de dix ans à Paris, à jouer dans la rue comme mime et clown, à performer pour des passants, m’a habitué à toutes sortes de publics. Je n’ai pas peur de la proximité avec les gens. Il faut simplement adapter le jeu, la voix, les gestes et doser selon l’assistance.
Le jeu physique est important pour un clown et pour d’autres acteurs non conventionnels. En quoi cela a-t-il aidé dans la création du spectacle ?
Le jeu physique a été déterminant dans la création. David-Alexandre et moi, en tant que clowns, avons une solide maîtrise du langage corporel qui nous permet de transmettre beaucoup sans avoir recours aux mots. Au début du processus, Jean-François Nadeau nous a observés en impro, et c’est de ces explorations que la pièce a émergé. La présence physique est très importante : la façon de bouger, le ton, le placement de la voix, la façon d’articuler chaque réplique… Tout ça part du corps. Et les mots de Jean-François complètent le tout. Ils sont la cerise sur le sundae !
Est-ce que Fils manqués donne envie de récidiver dans le genre ? À deux ou encore seul en scène ?
Oui, ça donne certainement envie de continuer. J’aimerais créer un solo qui parlerait de ma jeunesse. Il ne s’agirait pas tant d’aborder la figure du père absent, mais plutôt de plonger dans la folie de ma mère. Ça fait longtemps que j’ai envie de faire ça. J’imagine une forme hybride, quelque part entre le stand-up, le conte et le jeu d’acteur, avec la possibilité d’incarner plusieurs personnages. Je crois que les traumatismes que l’on vit offrent une matière riche : ils deviennent presque un cadeau, une source inépuisable d’histoires à raconter.
Fils manqués est présenté jusqu’au 31 janvier au Théâtre La Licorne (Montréal), le 24 février au Théâtre Alphonse-Desjardins (Repentigny), le 5 mars à la Maison des arts de Laval (Laval), le 18 mars au Théâtre de la Ville (Longueuil), et le 27 mars à la Salle Philippe-Filion (Shawinigan).
Quand un clown met son âme à nue, on est émus, quoique fort drôlement. Artistes émérites, René Bazinet et son collègue David-Alexandre Després assument leur statut d’orphelin de père en offrant un spectacle magistral, Fils manqués, dirigé par Jean-François Nadeau et présenté jusqu’à samedi prochain à La Licorne, puis en tournée au Québec.
JEU : Le sujet du père manquant et du fils orphelin abordés dans la pièce renvoie au sensible et à la fragilité. Comment réussit-on à en rire ?
René Bazinet : Je n’ai jamais su ce que c’était que d’avoir un père. Je suis né en Allemagne en 1955, et j’ai grandi aux côtés de ma mère. Elle était seule et elle luttait pour survivre. Moi — je suis de nature quelqu’un de très sensible et empathique —, j’absorbais toutes ses tensions. Quand on grandit dans le déséquilibre et qu’on a une grande volonté de survie, notre esprit trouve des mécanismes inattendus. La psyché ne peut pas endurer toute la souffrance, alors elle la détourne : elle la transforme en rire. L’humour devient alors un moyen de survie. Je crois que David-Alexandre Després et moi avons appris, dès notre plus jeune âge, à protéger notre sensibilité à travers l’humour. Aujourd’hui, nous sommes capables d’offrir ce regard particulier sur nos traumatismes.
Comme il s’agit d’une reprise, parlez-nous des premières représentations du spectacle. Comment les avez-vous vécues et quelle a été la réception ?
J’ai longtemps travaillé comme clown de cirque et dans des « variétés » (variety) en Allemagne, notamment comme MC. En revenant au théâtre, je me suis rappelé que j’étais aussi acteur, pas seulement clown. J’ai étudié le jeu, tout comme David-Alexandre. Lorsque j’étais à l’école de Jacques Lecoq, il nous répétait qu’un mime est un bon mime, ou un clown est un bon clown, tout d’abord parce qu’il est acteur. J’ai réalisé que je n’étais pas là uniquement pour faire rire. Je pouvais émouvoir, faire pleurer, choquer et toucher les gens autrement que par le rire. Ça a été une extrêmement belle surprise. La veille de la première, je n’avais aucune idée de la manière dont le public allait accueillir tout ça. J’ai été ébloui par la réaction du public, par l’amour que les gens ont eu pour le spectacle dès le début.
Est-ce que les doutes de départ exprimés en entrevue à propos de l’intimité de la salle ont été résolus ?
J’aime beaucoup les petites salles. Cette proximité permet une relation plus fine avec le public, presque comme si l’on pouvait lui chuchoter des choses, tout en étant parfaitement compris. On peut être très intime pendant une heure… mais après c’est terminé ! (rires) Mon expérience de dix ans à Paris, à jouer dans la rue comme mime et clown, à performer pour des passants, m’a habitué à toutes sortes de publics. Je n’ai pas peur de la proximité avec les gens. Il faut simplement adapter le jeu, la voix, les gestes et doser selon l’assistance.
Le jeu physique est important pour un clown et pour d’autres acteurs non conventionnels. En quoi cela a-t-il aidé dans la création du spectacle ?
Le jeu physique a été déterminant dans la création. David-Alexandre et moi, en tant que clowns, avons une solide maîtrise du langage corporel qui nous permet de transmettre beaucoup sans avoir recours aux mots. Au début du processus, Jean-François Nadeau nous a observés en impro, et c’est de ces explorations que la pièce a émergé. La présence physique est très importante : la façon de bouger, le ton, le placement de la voix, la façon d’articuler chaque réplique… Tout ça part du corps. Et les mots de Jean-François complètent le tout. Ils sont la cerise sur le sundae !
Est-ce que Fils manqués donne envie de récidiver dans le genre ? À deux ou encore seul en scène ?
Oui, ça donne certainement envie de continuer. J’aimerais créer un solo qui parlerait de ma jeunesse. Il ne s’agirait pas tant d’aborder la figure du père absent, mais plutôt de plonger dans la folie de ma mère. Ça fait longtemps que j’ai envie de faire ça. J’imagine une forme hybride, quelque part entre le stand-up, le conte et le jeu d’acteur, avec la possibilité d’incarner plusieurs personnages. Je crois que les traumatismes que l’on vit offrent une matière riche : ils deviennent presque un cadeau, une source inépuisable d’histoires à raconter.
Fils manqués est présenté jusqu’au 31 janvier au Théâtre La Licorne (Montréal), le 24 février au Théâtre Alphonse-Desjardins (Repentigny), le 5 mars à la Maison des arts de Laval (Laval), le 18 mars au Théâtre de la Ville (Longueuil), et le 27 mars à la Salle Philippe-Filion (Shawinigan).