Après deux premiers textes primés, La Nuit du 4 au 5 et 21, la nouvelle pièce de Rachel Graton, Camera obscura, donne aussi la parole à des femmes que la vie n’a pas épargnées. Malgré la gravité du sujet, ce spectacle remarquable évite toute enflure grâce à la mise en scène d’une grande finesse d’Alexia Bürger et l’interprétation parfaite de l’autrice elle-même.
Cette deuxième collaboration entre une metteuse en scène au sommet de son art et une dramaturge qui n’a commis aucun faux pas jusqu’ici confirme leur grande communion d’idées et d’émotions. Le chœur de femmes de Camera obscura se compose d’une jeune fille, Esther, de sa mère, Nathalie, et de sa grand-mère, Rita, issues d’un milieu modeste, mais démontrant une résilience admirable. Leurs paroles déconcertent souvent et rudoient tout autant, ce qui n’enlève rien à l’affection timide qu’elles se portent. Leur altruisme tabassé par les hommes et la vie en général demeure, malgré tout, intact. C’est que l’amour de la musique les lie solidement et la voix de la jeune Esther, empreinte de poésie et d’un imaginaire débridé, ajoute une fraîche naïveté à ce tableau évitant le misérabilisme.
Seule en scène, Rachel Graton incarne la voix des trois femmes et de quelques autres personnages secondaires. Au début, l’interprète reste figée sur place pendant près de dix minutes. Les changements d’intonation et de petits mouvements presque imperceptibles, sous la direction ultraprécise d’Alexia Bürger, suffisent ensuite à nous faire entrer dans la tête et l’intimité de la « chambre noire » des personnages. Le jeu de Graton nous captive ainsi durant toute la pièce sans tomber dans l’apitoiement ou user d’un quelconque voyeurisme.
Complicité artistique
Les féminicides récents nous rappellent l’urgence de remettre encore à l’avant-plan toutes les violences faites aux femmes, provenant autant d’abus physiques que psychologiques et d’un contrôle masculin absolu. Dans cette pièce, rien n’est souligné au crayon gras, laissant au public le soin de comprendre par lui-même, entre un « hot chicken » et une lasagne, qu’un père a violé sa propre fille. Le flot de paroles incessant dans un rythme rapide nous fait constater que lesdits abus ont lieu encore et toujours dans un quotidien ordinaire et oppressif, comme si de rien n’était.
Les deux créatrices élaborent ainsi un crescendo dramatique irrésistible, appuyé par une scénographie tout aussi efficace, composée d’un plancher incliné et de murs en angles -qui rappellent un autre très beau spectacle de Bürger, Les Hardings. L’utilisation pertinente d’accessoires et d’objets hétéroclites — allant d’une simple lampe à un bouddha géant en passant par des fleurs multicolores —, floutés par un tulle noir à l’arrière, de la musique placée aux bons moments et de savants éclairages complètent parfaitement ce spectacle original et émouvant.
Du théâtre « théâtre », dit-on parfois, soit un univers complet qui se suffit à lui-même. Cette œuvre ne pourrait pas exister nulle part ailleurs que sur une scène, assurée par des artistes inspirés, devant un public attentif et ouvert, dont l’absolu silence aux moments opportuns « parle » beaucoup. On ose espérer que cette alliance Graton — Bürger soit célébrée une troisième fois à l’avenir.
Texte : Rachel Graton. Mise en scène : Alexia Bürger, assistée de Marie-Christine Martel. Espace scénique et lumière : Martin Labrecque. Musique : Philippe Brault. Costumes : Marie-Audrey Jacques. Accessoires : Julie Measroch. Mouvement : Paul Ibey. Maquillage et coiffure : Sylvie Rolland Provost. Régie générale : Alexandra Sutto. Régie de plateau : Eric-William Quinn. Direction de production : Marie-Christine Martel, assistée d’Ophélie Lacasse. Direction technique : Xavier Côté et Eric-William Quinn, épaulés par Jannick Perron. Chef machiniste : Eric-William Quinn. Chefs lumière : Emmanuel Bossé-Messier et Camille Bourgault. Cheffes son : Laurianne Bézier, Gabrielle Couillard et Jean Gaudreau. Équipe technique : Lou Arbour, Alexis Aubé, Camille Bourgault, Thomas Cloutier-Guay, Victor Cuellar, Frédéric Dessoly, Hedwige Dumont, Jade Désaulniers-Charest, Ninon Jamet, Diamanto Kyrkas, Mélissa Lesourd, Marie Lépine, Marilou Maheux, Philibert Morin-Lalande, Clara Pinto, Jérémie Poirier, Adrien Poulin, Des Cendres Rivière et Christophe St-Denis. Réplique : Charlie Monty. Audiodescription : Lorette Dimnet. Une création signée 7 millimètres et le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTDA), avec le soutien du Fonds Michelle-Rossignol, présentée au CTDA du 20 janvier au 14 février 2026.
Après deux premiers textes primés, La Nuit du 4 au 5 et 21, la nouvelle pièce de Rachel Graton, Camera obscura, donne aussi la parole à des femmes que la vie n’a pas épargnées. Malgré la gravité du sujet, ce spectacle remarquable évite toute enflure grâce à la mise en scène d’une grande finesse d’Alexia Bürger et l’interprétation parfaite de l’autrice elle-même.
Cette deuxième collaboration entre une metteuse en scène au sommet de son art et une dramaturge qui n’a commis aucun faux pas jusqu’ici confirme leur grande communion d’idées et d’émotions. Le chœur de femmes de Camera obscura se compose d’une jeune fille, Esther, de sa mère, Nathalie, et de sa grand-mère, Rita, issues d’un milieu modeste, mais démontrant une résilience admirable. Leurs paroles déconcertent souvent et rudoient tout autant, ce qui n’enlève rien à l’affection timide qu’elles se portent. Leur altruisme tabassé par les hommes et la vie en général demeure, malgré tout, intact. C’est que l’amour de la musique les lie solidement et la voix de la jeune Esther, empreinte de poésie et d’un imaginaire débridé, ajoute une fraîche naïveté à ce tableau évitant le misérabilisme.
Seule en scène, Rachel Graton incarne la voix des trois femmes et de quelques autres personnages secondaires. Au début, l’interprète reste figée sur place pendant près de dix minutes. Les changements d’intonation et de petits mouvements presque imperceptibles, sous la direction ultraprécise d’Alexia Bürger, suffisent ensuite à nous faire entrer dans la tête et l’intimité de la « chambre noire » des personnages. Le jeu de Graton nous captive ainsi durant toute la pièce sans tomber dans l’apitoiement ou user d’un quelconque voyeurisme.
Complicité artistique
Les féminicides récents nous rappellent l’urgence de remettre encore à l’avant-plan toutes les violences faites aux femmes, provenant autant d’abus physiques que psychologiques et d’un contrôle masculin absolu. Dans cette pièce, rien n’est souligné au crayon gras, laissant au public le soin de comprendre par lui-même, entre un « hot chicken » et une lasagne, qu’un père a violé sa propre fille. Le flot de paroles incessant dans un rythme rapide nous fait constater que lesdits abus ont lieu encore et toujours dans un quotidien ordinaire et oppressif, comme si de rien n’était.
Les deux créatrices élaborent ainsi un crescendo dramatique irrésistible, appuyé par une scénographie tout aussi efficace, composée d’un plancher incliné et de murs en angles -qui rappellent un autre très beau spectacle de Bürger, Les Hardings. L’utilisation pertinente d’accessoires et d’objets hétéroclites — allant d’une simple lampe à un bouddha géant en passant par des fleurs multicolores —, floutés par un tulle noir à l’arrière, de la musique placée aux bons moments et de savants éclairages complètent parfaitement ce spectacle original et émouvant.
Du théâtre « théâtre », dit-on parfois, soit un univers complet qui se suffit à lui-même. Cette œuvre ne pourrait pas exister nulle part ailleurs que sur une scène, assurée par des artistes inspirés, devant un public attentif et ouvert, dont l’absolu silence aux moments opportuns « parle » beaucoup. On ose espérer que cette alliance Graton — Bürger soit célébrée une troisième fois à l’avenir.
Camera obscura
Texte : Rachel Graton. Mise en scène : Alexia Bürger, assistée de Marie-Christine Martel. Espace scénique et lumière : Martin Labrecque. Musique : Philippe Brault. Costumes : Marie-Audrey Jacques. Accessoires : Julie Measroch. Mouvement : Paul Ibey. Maquillage et coiffure : Sylvie Rolland Provost. Régie générale : Alexandra Sutto. Régie de plateau : Eric-William Quinn. Direction de production : Marie-Christine Martel, assistée d’Ophélie Lacasse. Direction technique : Xavier Côté et Eric-William Quinn, épaulés par Jannick Perron. Chef machiniste : Eric-William Quinn. Chefs lumière : Emmanuel Bossé-Messier et Camille Bourgault. Cheffes son : Laurianne Bézier, Gabrielle Couillard et Jean Gaudreau. Équipe technique : Lou Arbour, Alexis Aubé, Camille Bourgault, Thomas Cloutier-Guay, Victor Cuellar, Frédéric Dessoly, Hedwige Dumont, Jade Désaulniers-Charest, Ninon Jamet, Diamanto Kyrkas, Mélissa Lesourd, Marie Lépine, Marilou Maheux, Philibert Morin-Lalande, Clara Pinto, Jérémie Poirier, Adrien Poulin, Des Cendres Rivière et Christophe St-Denis. Réplique : Charlie Monty. Audiodescription : Lorette Dimnet. Une création signée 7 millimètres et le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTDA), avec le soutien du Fonds Michelle-Rossignol, présentée au CTDA du 20 janvier au 14 février 2026.