Aux 7 spectacles déjà connus, le FTA ajoute une quinzaine de propositions qui confirment, pour sa 20e édition (du 28 mai au 10 juin 2026), une programmation à la fois spectaculaire, politique et résolument continentale. Du Kirghizistan à São Paulo, en passant par Oaxaca et New York, le Festival TransAmériques déploie 25 œuvres de danse et de théâtre où se croisent luttes territoriales, récits intimes et formes scéniques hors norme.
Parmi les propositions les plus saisissantes, l’ouverture donne le ton : Baldwin and Buckley at Cambridge, recréation du mythique débat de 1965 entre James Baldwin et William F. Buckley Jr., portée par la compagnie new-yorkaise Elevator Repair Service. Une joute verbale incandescente où chaque phrase devient un acte politique — et qui résonne avec une acuité troublante dans l’Amérique d’aujourd’hui.
Autre curiosité majeure, Уя (Nid) du Kirghize Chagaldak Zamirbekov — seule entorse géographique à cette édition tournée vers les Amériques. Le spectacle se déploie depuis le couloir d’un appartement, transformant l’espace domestique en dispositif d’observation instable et profondément politique.

Dans le huis clos d’un appartement, le public observe à distance des existences qui se frôlent sans jamais vraiment se rejoindre. Уя (Nid) de Chagaldak Zamirbekov © Inge Vermeiren
À l’autre extrémité du spectre, la Brésilienne Janaina Leite promet avec História do olho une relecture frontale et explicitement charnelle du texte de Georges Bataille : quinze interprètes y brouillent les frontières entre performance, récit et transgression (18 ans et +).
Le Brésil s’impose d’ailleurs comme l’un des pôles vibrants de cette édition, avec Monga de Jéssica Teixeira, cabaret-concert explosif sur les corps marginalisés, et Bosque, installation chorégraphique participative de Clarice Lima — une forêt de jambes dressées vers le ciel, qui investira l’espace public dans un geste à la fois ludique et politique.

Dans une atmosphère électrique entre cabaret, concert et performance, le corps devient territoire de résistance et de réinvention. Monga de Jéssica Teixeira. © Andy Catlin
Dans un registre tout aussi incarné, le Mexicain Lukas Avendaño déploie deux œuvres autour de la « muxeidad », entre rituel et performance (Bardaje et Réquiem para un alcaraván), tandis que Mi madre y el dinero d’Anacarsis Ramos — déjà annoncé — creuse la matière autobiographique en partageant la scène avec sa mère. Cette attention aux filiations et aux transmissions irrigue aussi Remember that time we met in the future? de Lara Kramer, qui réunit quatre artistes autochtones dans une chorégraphie guidée par les rêves et les ancêtres.
Le festival fait également la part belle aux formes hybrides et aux dispositifs atypiques. La Montréalaise Dana Michel investit une piscine dans YOU CANNOT CAN, explorant ses peurs à travers une expérience aquatique immersive, tandis qu’Evan Webber transforme Antigone en test de personnalité participatif avec The Chains. Plus décontracté mais tout aussi fédérateur, slidin’ thru de Jeremy Nedd convie le public à une danse collective sur un terrain de basketball.

Sur un terrain de basketball, la danse surgit comme un jeu partagé, entraînant peu à peu le public dans un mouvement collectif, dans slidin’ thru de Jeremy Nedd. © Julie Folly
Côté danse, plusieurs propositions interrogent les circulations culturelles et les phénomènes d’appropriation. Dans from rock to rock…, Jeremy Nedd revient sur la viralité du Milly Rock, récupéré par l’industrie vidéoludique, alors que Adentro! de Diana Szeinblum déconstruit les imaginaires folkloriques argentins. Au Québec, Mystic-Métallic (Juteau, Gauld, Lavoie-Marcus) fait dialoguer corps, machines et territoire dans une « danse de combustion » ancrée en Abitibi, tandis que Autothérapie de Mackenzy Bergile croise hip-hop, danse contemporaine et rituels afro-caribéens.

Entre rituel et introspection, le corps devient un espace de transformation où s’entrelacent mémoires, identités et imaginaires, dans Autothérapie de Mackenzy Bergile. © Fabian Hammerl
Sur le versant théâtral, les tensions politiques et écologiques traversent plusieurs œuvres. Vampyr de la Chilienne Manuela Infante — déjà annoncée — détourne la figure du vampire pour critiquer les dérives des économies dites « vertes », tandis que Querelle de Roberval (Olivier Arteau, d’après Kev Lambert) plonge dans un imaginaire ouvrier traversé de désir et de violence. Dans un registre plus intime, Ces regards amoureux de garçons altérés (Philippe Cyr et Éric Noël) explore les dépendances affectives et sexuelles à travers une langue crue et sensible.

Dans une adresse frontale et sans fard, le corps expose ses failles, ses désirs et ses dépendances, entre vulnérabilité et intensité, dans Ces regards amoureux de garçons altérés d’Éric Noël et Philippe Cyr. © Maxim Paré Fortin
Enfin, la 20e édition se déploiera aussi hors des salles avec la Feria FTA, une fin de semaine gratuite sur l’esplanade Tranquille (29 au 31 mai), mêlant fêtes, ateliers, écologie décoloniale et performances, ainsi qu’une multitude de « Terrains de jeu » — rencontres, discussions critiques et activités participatives.
À travers cette programmation anniversaire, les codirectrices Martine Dennewald, Jessie Mill et Sandra O’Connor proposent un vaste panorama des Amériques, « de l’Île de la Tortue à Abya Yala », où les pratiques artistiques deviennent autant de manières de réactiver des mémoires, de contester des récits dominants et d’imaginer d’autres formes de coexistence.
Aux 7 spectacles déjà connus, le FTA ajoute une quinzaine de propositions qui confirment, pour sa 20e édition (du 28 mai au 10 juin 2026), une programmation à la fois spectaculaire, politique et résolument continentale. Du Kirghizistan à São Paulo, en passant par Oaxaca et New York, le Festival TransAmériques déploie 25 œuvres de danse et de théâtre où se croisent luttes territoriales, récits intimes et formes scéniques hors norme.
Parmi les propositions les plus saisissantes, l’ouverture donne le ton : Baldwin and Buckley at Cambridge, recréation du mythique débat de 1965 entre James Baldwin et William F. Buckley Jr., portée par la compagnie new-yorkaise Elevator Repair Service. Une joute verbale incandescente où chaque phrase devient un acte politique — et qui résonne avec une acuité troublante dans l’Amérique d’aujourd’hui.
Autre curiosité majeure, Уя (Nid) du Kirghize Chagaldak Zamirbekov — seule entorse géographique à cette édition tournée vers les Amériques. Le spectacle se déploie depuis le couloir d’un appartement, transformant l’espace domestique en dispositif d’observation instable et profondément politique.
Dans le huis clos d’un appartement, le public observe à distance des existences qui se frôlent sans jamais vraiment se rejoindre. Уя (Nid) de Chagaldak Zamirbekov © Inge Vermeiren
À l’autre extrémité du spectre, la Brésilienne Janaina Leite promet avec História do olho une relecture frontale et explicitement charnelle du texte de Georges Bataille : quinze interprètes y brouillent les frontières entre performance, récit et transgression (18 ans et +).
Le Brésil s’impose d’ailleurs comme l’un des pôles vibrants de cette édition, avec Monga de Jéssica Teixeira, cabaret-concert explosif sur les corps marginalisés, et Bosque, installation chorégraphique participative de Clarice Lima — une forêt de jambes dressées vers le ciel, qui investira l’espace public dans un geste à la fois ludique et politique.
Dans une atmosphère électrique entre cabaret, concert et performance, le corps devient territoire de résistance et de réinvention. Monga de Jéssica Teixeira. © Andy Catlin
Dans un registre tout aussi incarné, le Mexicain Lukas Avendaño déploie deux œuvres autour de la « muxeidad », entre rituel et performance (Bardaje et Réquiem para un alcaraván), tandis que Mi madre y el dinero d’Anacarsis Ramos — déjà annoncé — creuse la matière autobiographique en partageant la scène avec sa mère. Cette attention aux filiations et aux transmissions irrigue aussi Remember that time we met in the future? de Lara Kramer, qui réunit quatre artistes autochtones dans une chorégraphie guidée par les rêves et les ancêtres.
Le festival fait également la part belle aux formes hybrides et aux dispositifs atypiques. La Montréalaise Dana Michel investit une piscine dans YOU CANNOT CAN, explorant ses peurs à travers une expérience aquatique immersive, tandis qu’Evan Webber transforme Antigone en test de personnalité participatif avec The Chains. Plus décontracté mais tout aussi fédérateur, slidin’ thru de Jeremy Nedd convie le public à une danse collective sur un terrain de basketball.
Sur un terrain de basketball, la danse surgit comme un jeu partagé, entraînant peu à peu le public dans un mouvement collectif, dans slidin’ thru de Jeremy Nedd. © Julie Folly
Côté danse, plusieurs propositions interrogent les circulations culturelles et les phénomènes d’appropriation. Dans from rock to rock…, Jeremy Nedd revient sur la viralité du Milly Rock, récupéré par l’industrie vidéoludique, alors que Adentro! de Diana Szeinblum déconstruit les imaginaires folkloriques argentins. Au Québec, Mystic-Métallic (Juteau, Gauld, Lavoie-Marcus) fait dialoguer corps, machines et territoire dans une « danse de combustion » ancrée en Abitibi, tandis que Autothérapie de Mackenzy Bergile croise hip-hop, danse contemporaine et rituels afro-caribéens.
Entre rituel et introspection, le corps devient un espace de transformation où s’entrelacent mémoires, identités et imaginaires, dans Autothérapie de Mackenzy Bergile. © Fabian Hammerl
Sur le versant théâtral, les tensions politiques et écologiques traversent plusieurs œuvres. Vampyr de la Chilienne Manuela Infante — déjà annoncée — détourne la figure du vampire pour critiquer les dérives des économies dites « vertes », tandis que Querelle de Roberval (Olivier Arteau, d’après Kev Lambert) plonge dans un imaginaire ouvrier traversé de désir et de violence. Dans un registre plus intime, Ces regards amoureux de garçons altérés (Philippe Cyr et Éric Noël) explore les dépendances affectives et sexuelles à travers une langue crue et sensible.
Dans une adresse frontale et sans fard, le corps expose ses failles, ses désirs et ses dépendances, entre vulnérabilité et intensité, dans Ces regards amoureux de garçons altérés d’Éric Noël et Philippe Cyr. © Maxim Paré Fortin
Enfin, la 20e édition se déploiera aussi hors des salles avec la Feria FTA, une fin de semaine gratuite sur l’esplanade Tranquille (29 au 31 mai), mêlant fêtes, ateliers, écologie décoloniale et performances, ainsi qu’une multitude de « Terrains de jeu » — rencontres, discussions critiques et activités participatives.
À travers cette programmation anniversaire, les codirectrices Martine Dennewald, Jessie Mill et Sandra O’Connor proposent un vaste panorama des Amériques, « de l’Île de la Tortue à Abya Yala », où les pratiques artistiques deviennent autant de manières de réactiver des mémoires, de contester des récits dominants et d’imaginer d’autres formes de coexistence.