Qui n’a jamais été fasciné par les célébrités hollywoodiennes ? À plus forte raison lorsqu’il s’agit de ces enfants-stars qui ont peuplé nos imaginaires. Derrière l’éclat, on le sait, se cachent souvent des trajectoires cabossées. Le testament des célébrités (Dead Celebrities), de Jon Lachlan Stewart, dans une traduction et une mise en scène d’Olivier Morin, s’inscrit précisément dans cette zone trouble, entre fascination et décrépitude.
Présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, le spectacle met en scène trois anciens enfants-vedettes d’une franchise fantastique à succès, rappelant sans détour l’univers de Harry Potter. Lorsque l’autrice de la série et, avec elle, tout le gratin hollywoodien, disparaît dans un attentat lors d’une cérémonie des Oscars, les trois interprètes sont contraints de reprendre leurs rôles pour compléter un ultime film. Une mission absurde, aux allures de fantasme industriel, qui les entraîne dans une spirale physique et mentale dévastatrice.

Trois ancien·ne·s enfants-vedettes incarné·e·s par Chloé Germentier, Rebecca Vachon et Gabriel Favreau rejouent malgré eux la fiction qui les a façonné·e·s © Valérie Remise
Parodie en écran
D’emblée, la pièce joue sur une double tonalité : celle de la parodie et celle du drame. Les références appuyées, les noms britanniques caricaturaux et certains clins d’œil assumés installent une distance comique efficace. On rit, souvent. Mais cette surcouche parodique agit aussi comme un écran. Elle retarde, parfois empêche, l’accès à ce que la pièce semble vouloir creuser : la violence sourde du système qui fabrique et broie ses idoles. Demi-dieux humains, qui ne cherchent qu’une seule chose, au fond, être aimé.
Car sous le vernis, la matière est là. Le texte de Stewart laisse entrevoir une réflexion plus sombre sur l’exploitation, l’épuisement et la dépossession de soi. La mise en scène d’Olivier Morin accompagne habilement ces glissements, multipliant les ruptures de ton et les brisures de rythme. Le spectacle oscille sans cesse entre l’éclat et la fissure, entre le jeu et son effritement.

Sur une plate-forme d’entrevue, les interprètes exposent leurs personnages entre confession médiatisée et mise en spectacle. © Valérie Remise
Les interprètes portent avec engagement cette partition exigeante. Toujours en scène, ils enchaînent les registres avec une énergie remarquable. Rebecca Vachon, notamment, impressionne par l’intensité de son jeu physique, naviguant entre scènes d’action et moments de vulnérabilité, souvent sans autre appui qu’un écran vert et un ventilateur. Le dispositif scénique, minimal mais ingénieux, permet de passer avec fluidité d’un plateau de tournage à une loge ou à une plate-forme d’entrevue, brouillant efficacement les frontières entre cinéma et théâtre.
Malgré ces qualités, quelque chose résiste. Comme si la pièce n’allait jamais tout à fait au bout de sa propre noirceur. Le rire, omniprésent, finit par amortir les chocs. Les moments où une véritable douleur pourrait émerger restent trop rares, ou trop tardifs, pour s’imposer pleinement.
Une réplique caricaturale, agit pourtant comme un aveu : « Le public veut voir notre douleur. » Elle pointe exactement ce qui manque ici. Non pas plus de drame au sens spectaculaire, mais une plus grande insistance, une persistance de cette faille. Que la souffrance ne surgisse pas seulement par éclats, mais qu’elle traverse l’ensemble.

Le plateau se transforme en espace de projection où le jeu dérape, entre fiction spectaculaire et perte de contrôle. © Valérie Remise
Le testament des célébrités propose ainsi une tragi-comédie efficace, portée par des interprètes solides et une mise en scène inventive. On y prend plaisir, indéniablement. Mais ce plaisir reste en surface. Comme devant ces productions à grand déploiement qu’il évoque lui-même, le spectacle divertit plus qu’il ne dérange réellement.
Entre glamour et saleté, entre image parfaite et décomposition, la pièce choisit de naviguer sur la ligne. Elle la montre, elle la suggère — sans jamais complètement la franchir.

Rebecca Vachon et Gabriel Favreau exposent la fragilité de leurs personnages, pris entre performance et effondrement. © Valérie Remisele-te
Texte : Jon Lachlan Stewart. Traduction et mise en scène : Olivier Morin. Assistance à la mise en scène : Delphine Rochefort. Interprétation : Gabriel Favreau, Chloé Germentier et Rebecca Vachon. Scénographie : Cédric Lord. Lumière : Joëlle LeBlanc. Environnement sonore et musique : Jon Lachlan Stewart. Régie générale : Jon Lachlan Stewart et Delphine Rochefort. Direction de production : Jon Lachlan Stewart et Delphine Rochefort. Direction technique : Sacha Rancourt. Stagiaire en production : Annalisa Abbate. Chef son : Arthur Champagne. Équipe technique : Sim D’Haese Lechasseur, Diamanto Kyrkas, Caroline Lortie, Marie Lépine, Juliette Papineau-Hordinet, Jérémie Poirier et Adrien Poulin. Une création de Surreal SoReal en codiffusion avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui Présenté à la Salle Jean-Claude-Germain du 21 avril au 9 mai 2026.
Qui n’a jamais été fasciné par les célébrités hollywoodiennes ? À plus forte raison lorsqu’il s’agit de ces enfants-stars qui ont peuplé nos imaginaires. Derrière l’éclat, on le sait, se cachent souvent des trajectoires cabossées. Le testament des célébrités (Dead Celebrities), de Jon Lachlan Stewart, dans une traduction et une mise en scène d’Olivier Morin, s’inscrit précisément dans cette zone trouble, entre fascination et décrépitude.
Présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, le spectacle met en scène trois anciens enfants-vedettes d’une franchise fantastique à succès, rappelant sans détour l’univers de Harry Potter. Lorsque l’autrice de la série et, avec elle, tout le gratin hollywoodien, disparaît dans un attentat lors d’une cérémonie des Oscars, les trois interprètes sont contraints de reprendre leurs rôles pour compléter un ultime film. Une mission absurde, aux allures de fantasme industriel, qui les entraîne dans une spirale physique et mentale dévastatrice.
Trois ancien·ne·s enfants-vedettes incarné·e·s par Chloé Germentier, Rebecca Vachon et Gabriel Favreau rejouent malgré eux la fiction qui les a façonné·e·s © Valérie Remise
Parodie en écran
D’emblée, la pièce joue sur une double tonalité : celle de la parodie et celle du drame. Les références appuyées, les noms britanniques caricaturaux et certains clins d’œil assumés installent une distance comique efficace. On rit, souvent. Mais cette surcouche parodique agit aussi comme un écran. Elle retarde, parfois empêche, l’accès à ce que la pièce semble vouloir creuser : la violence sourde du système qui fabrique et broie ses idoles. Demi-dieux humains, qui ne cherchent qu’une seule chose, au fond, être aimé.
Car sous le vernis, la matière est là. Le texte de Stewart laisse entrevoir une réflexion plus sombre sur l’exploitation, l’épuisement et la dépossession de soi. La mise en scène d’Olivier Morin accompagne habilement ces glissements, multipliant les ruptures de ton et les brisures de rythme. Le spectacle oscille sans cesse entre l’éclat et la fissure, entre le jeu et son effritement.
Sur une plate-forme d’entrevue, les interprètes exposent leurs personnages entre confession médiatisée et mise en spectacle. © Valérie Remise
Les interprètes portent avec engagement cette partition exigeante. Toujours en scène, ils enchaînent les registres avec une énergie remarquable. Rebecca Vachon, notamment, impressionne par l’intensité de son jeu physique, naviguant entre scènes d’action et moments de vulnérabilité, souvent sans autre appui qu’un écran vert et un ventilateur. Le dispositif scénique, minimal mais ingénieux, permet de passer avec fluidité d’un plateau de tournage à une loge ou à une plate-forme d’entrevue, brouillant efficacement les frontières entre cinéma et théâtre.
Malgré ces qualités, quelque chose résiste. Comme si la pièce n’allait jamais tout à fait au bout de sa propre noirceur. Le rire, omniprésent, finit par amortir les chocs. Les moments où une véritable douleur pourrait émerger restent trop rares, ou trop tardifs, pour s’imposer pleinement.
Une réplique caricaturale, agit pourtant comme un aveu : « Le public veut voir notre douleur. » Elle pointe exactement ce qui manque ici. Non pas plus de drame au sens spectaculaire, mais une plus grande insistance, une persistance de cette faille. Que la souffrance ne surgisse pas seulement par éclats, mais qu’elle traverse l’ensemble.
Le plateau se transforme en espace de projection où le jeu dérape, entre fiction spectaculaire et perte de contrôle. © Valérie Remise
Le testament des célébrités propose ainsi une tragi-comédie efficace, portée par des interprètes solides et une mise en scène inventive. On y prend plaisir, indéniablement. Mais ce plaisir reste en surface. Comme devant ces productions à grand déploiement qu’il évoque lui-même, le spectacle divertit plus qu’il ne dérange réellement.
Entre glamour et saleté, entre image parfaite et décomposition, la pièce choisit de naviguer sur la ligne. Elle la montre, elle la suggère — sans jamais complètement la franchir.
Rebecca Vachon et Gabriel Favreau exposent la fragilité de leurs personnages, pris entre performance et effondrement. © Valérie Remisele-te
Le testament des célébrités
Texte : Jon Lachlan Stewart. Traduction et mise en scène : Olivier Morin. Assistance à la mise en scène : Delphine Rochefort. Interprétation : Gabriel Favreau, Chloé Germentier et Rebecca Vachon. Scénographie : Cédric Lord. Lumière : Joëlle LeBlanc. Environnement sonore et musique : Jon Lachlan Stewart. Régie générale : Jon Lachlan Stewart et Delphine Rochefort. Direction de production : Jon Lachlan Stewart et Delphine Rochefort. Direction technique : Sacha Rancourt. Stagiaire en production : Annalisa Abbate. Chef son : Arthur Champagne. Équipe technique : Sim D’Haese Lechasseur, Diamanto Kyrkas, Caroline Lortie, Marie Lépine, Juliette Papineau-Hordinet, Jérémie Poirier et Adrien Poulin. Une création de Surreal SoReal en codiffusion avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui Présenté à la Salle Jean-Claude-Germain du 21 avril au 9 mai 2026.