Le règne de Denise Filiatrault en tant que directrice artistique du Théâtre du Rideau Vert prend fin ce printemps avec la présentation de la pièce Parachute Libre (Ripcord, créée en 2015) de l’auteur David Lindsay-Abaire. Le dramaturge américain s’était fait connaître au Québec par Du bon monde et Terrier, deux œuvres montées avec succès chez Duceppe en 2012 et 2019. Pas étonnant que l’énergique Denise ait choisi cette comédie grinçante en guise de point d’exclamation avant de passer les rênes à Benoit McGinnis.
Que l’action se déroule dans une maison de retraite est peut-être prémonitoire mais c’est sûrement beaucoup plus la thématique de la pièce qui a interpellé Madame Filiatrault. Deux femmes de tête qui s’affrontent sans cesse et qui, malgré toutes leurs manigances, finissent par se laisser gagner par la tendresse et l’amitié. On pourrait soupçonner ici un petit clin d’œil à la fameuse relation des deux protagonistes de Moi et l’autre.

Alice et Marylin — incarnées par Pierrette Robitaille et Muriel Dutil — transforment leur cohabitation en duel aussi mordant qu’attachant dans Parachute libre. © Danny Taillon
Toujours est-il que Martin Faucher a inséré dans sa mise en scène, grâce à un plateau tournant, des tableaux qui s’inspirent de l’aspect burlesque de la célèbre émission ; pour le meilleur et pour le pire…Toutefois, le coeur du récit se passe dans la chambre occupée par deux retraitées dont les intérêts et les caractères sont diamétralement opposés.
Duo remarquable
Alice (Pierrette Robitaille), une ancienne enseignante, demeure dans la résidence depuis quatre ans. Elle vit seule dans une chambre double, ne pouvant se payer un espace privé mais surtout parce que nulle ne peut supporter sa personnalité désagréable.
C’est alors qu’apparaît Marylin (Muriel Dutil), ex gestionnaire d’un centre de parachutisme créé par son défunt mari et aujourd’hui opéré par ses enfants. Sa joie de vivre, son exubérance et surtout sa loquacité irritent profondément sa voisine. L’espace coloré et désordonné de Marylin ainsi que sa tenue vestimentaire tranchent avec l’ordre maniaque et l’austérité qu’affiche Alice.

Sous ses habitudes bien réglées et son tempérament inflexible, Alice — interprétée par Pierrette Robitaille — tente de préserver son fragile équilibre dans la résidence, sous l’œil du préposé joué par Ismaïl Zourlal. © Danny Taillon
Malgré les multiples tentatives de rapprochement de la nouvelle venue, l’acariâtre ne bronche pas, multipliant plutôt les magouilles avec le jeune préposé (Ismaïl Zourhlal) pour déloger sa coloc vers le rez-de-chaussée, où une chambre vient de se libérer.
Mais Marylin résiste aux invectives et aux stratégies malveillantes d’Alice. Elle se donne pour mission de percer sa carapace. En guise de riposte, Alice lui propose un marché : si elle réussit à faire fâcher celle qui a toujours le sourire aux lèvres, cette dernière déménagera ses pénates. Marylin qui adore les défis, se prête d’emblée au jeu en ajoutant toutefois une règle : si elle, en retour, parvient à faire peur à l’impassible Alice, elle héritera du lit de sa voisine, près de la fenêtre qui donne donne sur le parc.

Entre l’austérité méthodique d’Alice et l’exubérance de Marylin, la chambre partagée devient un véritable terrain d’affrontement pour les personnages incarnés par Pierrette Robitaille et Muriel Dutil dans Parachute libre. © Danny Taillon
S’en suivent de multiples manœuvres , plus improbables, les unes que les autres, dans le but de faire fléchir l’adversaire, sous le regard dubitatif du préposé, devenu arbitre bien malgré lui. Et de revirement en revirement, le tout se conclura dans une finale fort touchante.
Mais avant d’en arriver là, le public aura eu à traverser plus de deux heures d’un récit qui aurait eu avantage à être, un tantinet, élagué. Ainsi les scènes de la maison hantée et du saut en parachute auraient gagné en efficacité, en étant évoquées ou à tout le moins simplifiées. Par moment, la scénographie inhérente à l’univers burlesque avait tendance à nous détourner des principaux enjeux de la pièce.

Les manigances d’Alice et de Marylin débordent jusque dans la vie de leurs proches, interprétés ici par Mathieu Gosselin et Geneviève Alarie, dans une série de stratagèmes de plus en plus absurdes. © Danny Taillon
Car de décrire la cohabitation difficile de deux femmes fort différentes en milieu de résidence pour personnes âgées est un sujet très pertinent dans le contexte actuel, ici au Québec. Et là, réside l’essentiel.
Ce que nous rendent à merveille Pierrette Robitaille et Muriel Dutil. Ces deux actrices, après plus de cinquante ans de carrière, se prêtent encore au jeu avec une générosité et un plaisir sans équivoque.
L’interprétation de Pierrette Robitaille distille humour et émotions profondes avec une sensibilité rare. Une performance qui nous rappelle avec éloquence la fragilité des aîné.es face à la solitude.

Après avoir annoncé il y a quelques années son retrait de la scène théâtrale, Pierrette Robitaille effectue avec Parachute libre un retour remarqué, prêtant à Alice une présence aussi mordante que profondément vulnérable. © Danny Taillon
Texte : David Lindsay-Abaire. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Martin Faucher. Assistance à la mise en scène : Pascal d’Haese. Décors : Jonas Veroff Bouchard. Costumes : Linda Brunelle. Éclairages : Étienne Boucher. Accessoires : Félix Plante. Musique : Navet Confit. Maquillages et coiffures : Florence Cornet. Vidéo : Alessandro Mercurio. Interprétation : Geneviève Alarie, Muriel Dutil, Mathieu Gosselin, Éric Robidoux, Pierrette Robitaille et Ismaïl Zourlal. Une production du Théâtre du Rideau Vert présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 13 juin 2026.
Le règne de Denise Filiatrault en tant que directrice artistique du Théâtre du Rideau Vert prend fin ce printemps avec la présentation de la pièce Parachute Libre (Ripcord, créée en 2015) de l’auteur David Lindsay-Abaire. Le dramaturge américain s’était fait connaître au Québec par Du bon monde et Terrier, deux œuvres montées avec succès chez Duceppe en 2012 et 2019. Pas étonnant que l’énergique Denise ait choisi cette comédie grinçante en guise de point d’exclamation avant de passer les rênes à Benoit McGinnis.
Que l’action se déroule dans une maison de retraite est peut-être prémonitoire mais c’est sûrement beaucoup plus la thématique de la pièce qui a interpellé Madame Filiatrault. Deux femmes de tête qui s’affrontent sans cesse et qui, malgré toutes leurs manigances, finissent par se laisser gagner par la tendresse et l’amitié. On pourrait soupçonner ici un petit clin d’œil à la fameuse relation des deux protagonistes de Moi et l’autre.
Alice et Marylin — incarnées par Pierrette Robitaille et Muriel Dutil — transforment leur cohabitation en duel aussi mordant qu’attachant dans Parachute libre. © Danny Taillon
Toujours est-il que Martin Faucher a inséré dans sa mise en scène, grâce à un plateau tournant, des tableaux qui s’inspirent de l’aspect burlesque de la célèbre émission ; pour le meilleur et pour le pire…Toutefois, le coeur du récit se passe dans la chambre occupée par deux retraitées dont les intérêts et les caractères sont diamétralement opposés.
Duo remarquable
Alice (Pierrette Robitaille), une ancienne enseignante, demeure dans la résidence depuis quatre ans. Elle vit seule dans une chambre double, ne pouvant se payer un espace privé mais surtout parce que nulle ne peut supporter sa personnalité désagréable.
C’est alors qu’apparaît Marylin (Muriel Dutil), ex gestionnaire d’un centre de parachutisme créé par son défunt mari et aujourd’hui opéré par ses enfants. Sa joie de vivre, son exubérance et surtout sa loquacité irritent profondément sa voisine. L’espace coloré et désordonné de Marylin ainsi que sa tenue vestimentaire tranchent avec l’ordre maniaque et l’austérité qu’affiche Alice.
Sous ses habitudes bien réglées et son tempérament inflexible, Alice — interprétée par Pierrette Robitaille — tente de préserver son fragile équilibre dans la résidence, sous l’œil du préposé joué par Ismaïl Zourlal. © Danny Taillon
Malgré les multiples tentatives de rapprochement de la nouvelle venue, l’acariâtre ne bronche pas, multipliant plutôt les magouilles avec le jeune préposé (Ismaïl Zourhlal) pour déloger sa coloc vers le rez-de-chaussée, où une chambre vient de se libérer.
Mais Marylin résiste aux invectives et aux stratégies malveillantes d’Alice. Elle se donne pour mission de percer sa carapace. En guise de riposte, Alice lui propose un marché : si elle réussit à faire fâcher celle qui a toujours le sourire aux lèvres, cette dernière déménagera ses pénates. Marylin qui adore les défis, se prête d’emblée au jeu en ajoutant toutefois une règle : si elle, en retour, parvient à faire peur à l’impassible Alice, elle héritera du lit de sa voisine, près de la fenêtre qui donne donne sur le parc.
Entre l’austérité méthodique d’Alice et l’exubérance de Marylin, la chambre partagée devient un véritable terrain d’affrontement pour les personnages incarnés par Pierrette Robitaille et Muriel Dutil dans Parachute libre. © Danny Taillon
S’en suivent de multiples manœuvres , plus improbables, les unes que les autres, dans le but de faire fléchir l’adversaire, sous le regard dubitatif du préposé, devenu arbitre bien malgré lui. Et de revirement en revirement, le tout se conclura dans une finale fort touchante.
Mais avant d’en arriver là, le public aura eu à traverser plus de deux heures d’un récit qui aurait eu avantage à être, un tantinet, élagué. Ainsi les scènes de la maison hantée et du saut en parachute auraient gagné en efficacité, en étant évoquées ou à tout le moins simplifiées. Par moment, la scénographie inhérente à l’univers burlesque avait tendance à nous détourner des principaux enjeux de la pièce.
Les manigances d’Alice et de Marylin débordent jusque dans la vie de leurs proches, interprétés ici par Mathieu Gosselin et Geneviève Alarie, dans une série de stratagèmes de plus en plus absurdes. © Danny Taillon
Car de décrire la cohabitation difficile de deux femmes fort différentes en milieu de résidence pour personnes âgées est un sujet très pertinent dans le contexte actuel, ici au Québec. Et là, réside l’essentiel.
Ce que nous rendent à merveille Pierrette Robitaille et Muriel Dutil. Ces deux actrices, après plus de cinquante ans de carrière, se prêtent encore au jeu avec une générosité et un plaisir sans équivoque.
L’interprétation de Pierrette Robitaille distille humour et émotions profondes avec une sensibilité rare. Une performance qui nous rappelle avec éloquence la fragilité des aîné.es face à la solitude.
Après avoir annoncé il y a quelques années son retrait de la scène théâtrale, Pierrette Robitaille effectue avec Parachute libre un retour remarqué, prêtant à Alice une présence aussi mordante que profondément vulnérable. © Danny Taillon
Parachute libre
Texte : David Lindsay-Abaire. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Martin Faucher. Assistance à la mise en scène : Pascal d’Haese. Décors : Jonas Veroff Bouchard. Costumes : Linda Brunelle. Éclairages : Étienne Boucher. Accessoires : Félix Plante. Musique : Navet Confit. Maquillages et coiffures : Florence Cornet. Vidéo : Alessandro Mercurio. Interprétation : Geneviève Alarie, Muriel Dutil, Mathieu Gosselin, Éric Robidoux, Pierrette Robitaille et Ismaïl Zourlal. Une production du Théâtre du Rideau Vert présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 13 juin 2026.