Le collectif d’artistes à l’origine du terme « théâtre d’objet » en 1979, a donné une vraie fausse conférence sur cette pratique lors du festival. Agnès Limbos revient sur la genèse de ce spectacle, qui est aussi une histoire d’amitié.
En septembre 2017, à l’occasion du focus sur la Compagnie Gare Centrale, que j’ai fondée, au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières, je lançais l’idée à six comparses de faire une vraie fausse conférence sur le théâtre d’objet. En secret, ces artistes se réunissent pendant une dizaine de jours, à Apt, près d’Avignon, pour la concocter. Christian Carrignon et Katy Deville (Théâtre de Cuisine), Jacques Templeraud (Théâtre Manarf), Tania Castaing et Charlot Lemoine (Vélo Théâtre), ainsi que Gyula Molnàr et Francesca Bettini, me font la surprise de ce spectacle lors de ma carte blanche. Un véritable cadeau pour moi de voir réunie cette merveilleuse bande qui a « nommé » le théâtre d’objet, il y a plus de 40 ans !
À propos de cette création, Veronika Mabardi écrira plus tard : « Sur le grand plateau, tout est matière à jeu : l’espace lui-même, les attentes des spectateurs, la chaise dite “historique” de Kantor, l’espace dit “vide” de Peter Brook, la table, le dedans et le dehors, l’histoire elle-même, les ruptures, les lettres et les adresses, et les apartés, les histoires qu’on raconte et les décrochages de la situation, jusqu’au fou-rire partagé par les spectateurs et une vraie-fausse catharsis… Les mots, sur de petits bouts de papier, sont éparpillés, puis glanés au hasard. […] Omniprésent, le tableau noir des écoliers d’antan devient cloison ou table, révèle et cache les acteurs, se substitue à leur corps et prend vie, danse, chante, lorsqu’on y dessine une silhouette. […] Qui est là ?… qui sur le plateau, qui dans la salle[1]. »

Quelques années plus tard, les cheveux grisonnants, la mémoire faisant parfois défaut, les corps pris dans des douleurs articulaires, mais vaillamment, et à la demande de certaines structures, nous décidons de reprendre ce spectacle.
Novembre 2024, toujours en accueil au Vélo Théâtre, nous nous replongeons donc dans cette création. Je ne faisais pas partie de la première mouture, mais rapidement, je trouve ma place en tant que « mouette » et partenaire de leurs propositions. Une nouvelle aventure qui nous a amené·es à jouer en France, en Allemagne, en Suisse et au Festival de Casteliers.
On peut parler d’une histoire de complicité artistique devenue une histoire d’amitié. Lors de nos premières rencontres dans les années 1980, nous ne sentions ni « marionnettistes » ni « acteurs » ou « actrices », n’en ayant ni les compétences ni l’ambition. Alors, comment nommer ce que nous faisions ? Le terme « théâtre d’objet » a été comme une évidence. Nous n’avons rien inventé. Déjà, les humains préhistoriques, dansant avec un os ou un caillou ou une branche d’arbre, se peinturlurant le visage avec de la terre et faisant rire ou émouvoir leur public, nous offraient les prémices de notre art métaphorique.
[1] Agnès Limbos et Veronika Mabardi, Tu l’as trouvé où, ce spectacle ?, Montreuil, Éditions de l’œil, 2019, p. 222-223.
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