L’autrice camerounaise Hermine Yollo remporte le Prix Théâtre RFI 2026 pour Ima Maryam : le jugement de Marie, et la Française Ilonah Fagotin reçoit le Prix SACD de la dramaturgie francophone pour Neiges de mai. Les deux distinctions ont été dévoilées aux Zébrures d’automne, le festival des Francophonies – Des écritures à la scène, présenté à Limoges du 23 septembre au 3 octobre, dont JEU Revue de théâtre est fière partenaire.
Maryam reprend la parole
Présidé par l’auteur et metteur en scène Hakim Bah, le jury du prix Théâtre RFI remise à Hermine Yollo salue « un texte courageux qui cherche à rétablir la vérité d’une femme dans toute son humanité et sa complexité, hors des dogmes religieux ». Il y voit aussi « un texte profondément féministe et généreux », servi par « une écriture très serrée, parfois chorale, sans lyrisme et avec une grande empathie ».
Ima Maryam : le jugement de Marie donne la parole à Maryam, la femme derrière la figure de la Vierge Marie, qui cherche depuis 2 000 ans à faire entendre sa propre histoire. Parmi une multitude de voix et de prières, elle dialogue avec Entité-dite-Marie, aux pouvoirs infinis, et avec Marie-sage-comme-une-image, figure de l’Immaculée Conception instrumentalisée par le patriarcat et le colonialisme. Elle espère rallier ses interlocuteurs à sa cause, pour enfin reposer en paix.
Née dans une famille de comédiens, Hermine Yollo se définit comme « metteuse en mots ». Comédienne, directrice de la Compagnie NGOTI et dramaturge, notamment aux côtés de Dieudonné Niangouna, elle publie ses textes depuis 2016 : M-119 Autopsie, La nuit suffit… On ne braque pas le Père Noël, La Femme-Iset et Fil(e) d’attentes (2020). Sa pièce lauréate ouvrira en juillet 2027 la 15e édition du cycle de lectures Ça va, ça va le monde !, organisé par RFI au Festival d’Avignon, et sera diffusée sur les ondes de la radio. Le prix comprend aussi une résidence de création au CDN de Normandie-Rouen, une lecture aux Zébrures de printemps, une dotation de la SACD, un accompagnement dramaturgique de Théâtre Ouvert et une résidence à la Villa Ndar, à Saint-Louis du Sénégal.
Une mémoire guadeloupéenne en Haute-Savoie
Du côté de la SACD, le jury formé de Panchika Velez, Catherine Anne et Nicole Sigal a choisi Neiges de mai, d’Ilonah Fagotin, parmi une sélection proposée par la Maison des auteurs·rices de Limoges. Il décrit un texte « ambitieux mêlant histoire de la Guadeloupe, mémoire, esclavage, transmission et rapports entre générations », d’une « grande théâtralité, très poétique et avec beaucoup de possibilités de jeu ».
La pièce réunit des amis d’enfance dans un chalet de Haute-Savoie, à la veille du Nouvel An. Parmi eux, Clélia et Samuel, cousine et cousin, partagent une enfance guadeloupéenne. La fête bascule quand apparaît un colibri, incarnation d’Ayou, leur ancêtre, qui réclame la vérité sur le corps de son fils disparu. Un épisode tragique de l’histoire de la Guadeloupe se rejoue alors, au fil de possessions successives.
Autrice et metteuse en scène installée à Lille, Ilonah Fagotin a été formée à l’École du Nord de 2021 à 2024. Elle a été l’assistante d’Armel Roussel pour les lectures Ça va, ça va le monde ! à Avignon en 2022, puis de David Bobée au Théâtre du Nord. Elle a coécrit Tragédie, spectacle de sortie de sa promotion, mis en scène par Bobée et Éric Lacascade. Elle a achevé Neiges de mai cette année, après une résidence à Limoges en mai 2025.
Le prix de la SACD a souvent souri au Québec. Parmi les lauréats des dernières décennies figurent Michel-Marc Bouchard (Tom à la ferme, 2011), Larry Tremblay (Cantate de guerre, 2012), Evelyne de la Chenelière (Les pieds des anges, 2010), Martin Bellemare (Maître Karim la perdrix, 2018), Suzie Bastien, lauréate à deux reprises, et plus récemment Pascale Renaud-Hébert (Hope Town, 2021).




