La nouvelle création du Théâtre des Confettis, Michelle et les chats de ruelle, se déroule dans une rue cachée de Québec à la tombée du jour. Un décor parfait pour faire résonner les airs de jazz et suivre les traces d’un félin domestique en cavale.
L’étroite rue Sous-le-Cap a un charme tout particulier. Traversée en hauteur par des passerelles, elle longe le cap qui sépare le secteur du port et le Vieux-Québec, en se faufilant derrière les restaurants et les balcons de bois. Rien n’y est tout à fait droit. Les recoins sont nombreux. Et le soir venu, les lumières et les ombres ont l’air de danser.
Comme pour les tableaux d’Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, le parcours déambulatoire emblématique du Festival Carrefour, le lieu semble avoir été l’étincelle de Michelle et les chats de ruelle. Celui-ci inspire le mystère, le jeu de piste, les rencontres inusitées, les moments d’intimité et de grisante liberté.

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Tous ces éléments se trouvent dans la proposition concoctée par les trois têtes de la direction artistique des Confettis. Frédéric Brunet dirige la création et signe les paroles et la musique, Marianne Marceau, la dramaturgie, et Maxime Robin, la mise en scène. Leur spectacle sous forme de promenade à la brunante s’avère efficace pour impliquer les enfants, stimuler leur sens de l’observation et capter leur attention.
Il leur faut d’abord repérer les affiches laissées par Michelle (Anne Painchaud) pour retrouver son chat Moustache. Jusqu’à ce que le groupe trouve la dame, triste et inquiète, qui raconte la déprime de son compagnon poilu dans leur tour sécurisée, leur déménagement au rez-de-chaussée dans une rue plus animée, puis la fuite de l’animal.
Enquête jazz
Munie d’une boîte de croquettes qu’elle agite comme un maraca, Michelle part sur ses traces, et entraîne le public à sa suite. Le premier chat (Frédéric Brunet) qu’elle aborde est muni d’une guitare, et lui fait comprendre qu’elle devra remplir sa gamelle si elle veut lui délier la langue. Le second (Miryam Amrouche) sort d’une poubelle et livre un plaidoyer comme la domesticité avant d’empoigner une basse. Le troisième (Steve Hamel) joue ses percussions sur un chariot d’épicerie reconverti.

Les instruments et les indices s’additionnent, jusqu’à ce qu’on retrouve le fugitif (Patrick Ouellet), qui dévoile sa double identité et les causes de son mal-être entre deux airs d’harmonica. Les personnages sont tout feu tout flamme, dans des costumes un peu punk, touffus et truffés de détails intéressants signés Marianne Lebel. Ils reflètent la rue, la vie musicale marginale de Québec, ses friperies rétro.
Relief philosophique
Tous sont bien en voix, et livrent avec netteté des textes imagés, avec du relief poétique et philosophique. Pas de rimes simplistes ou de comptines insipides sous la gouverne de Frédéric Brunet : les mots et la musique nous tiennent en haleine, agiles et échevelés, faisant confiance à l’intelligence du public.
Faut-il sacrifier son confort pour sa liberté ? Comprendre qu’aimer implique de laisser l’autre s’épanouir. Savoir qu’on peut changer, avoir plusieurs intérêts, suivre une trajectoire non linéaire, écouter ses envies. Autant d’idées qui fleurissent comme des improvisations jazz, plutôt que comme des leçons soulignées à grands traits.
Le parcours culmine par une fête, sur une pièce entraînante qui cite Les Colocs et C’est la Mère Michel, alors que le titre de la pièce forme un signal rond lumineux, comme la pleine lune. Une jolie réussite, qui nous laisse le cœur en liesse.

Michelle et les chats de ruelle
Direction de création, paroles et musique : Frédéric Brunet. Texte et dramaturgie : Marianne Marceau. Mise en scène : Maxime Robin, assisté de Cassandra Duguay. Costumes, maquillages et accessoires : Marianne Lebel. Avec Anne Painchaud, Frédéric Brunet, Miryam Amrouche, Steve Hamel et Patrick Ouellet. Une création pour les 5 à 10 ans du Théâtre des Confettis présentée du 25 septembre au 10 octobre à l’extérieur de La Caserne, scène jeune public.




