Le Hamlet d’Angela Konrad est rock’n’roll, poétique, ultramoderne, audacieux, bizarre. Pour la metteure en scène et directrice artistique et générale de l’USINE C, le texte de Shakespeare semble devenir une matière instable, traversée par des forces contemporaines qui le déplacent, le contaminent, le reconfigurent dans une radicalité presque insolente.
Angela Konrad construit ainsi un dispositif scénique où se superposent les régimes de langage — verbal, non-verbal, sensoriel. Celle-ci fait en effet du plateau un espace de friction entre le texte, déclamé en français et parfois en anglais, les corps, les images et les sons.
La parole ne fait plus autorité à elle seule. Elle est sans cesse relayée, contredite, amplifiée par les présences incarnées, les mouvements, les postures, les déplacements, les attitudes, les regards, les couleurs, les non-couleurs, les musiques, les costumes, les textures. Même en cessant furtivement d’écouter, parce qu’on est subjugué·es par un détail, un geste, ou parce qu’on est plongé·es dans un moment d’introspection, le fil narratif reste évident, car absolument tout a du sens.
Quant aux projections vidéo, enregistrées ou en direct, elles participent sans doute activement à ce motif essentiel d’Hamlet du théâtre dans le théâtre. Elles convoquent en outre une atmosphère d’étrangeté, un peu à la Red Room du Twin Peaks de Lynch, et de surveillance paranoïaque, façon 1984 d’Orwell. Les personnages sont constamment observés, pris dans un réseau de reflets, de doubles, renvoyés à des images qui brouillent les frontières. Qu’est-ce qui relève du réel? Qu’est-ce qui relève du fantasme?

Marie-Thérèse Fortin et Marie Line Mwabi Bouthillette dans Hamlet mis en scène par Angela Konrad © Patrice Tremblay
L’une des forces de cette nouvelle vision d’Hamlet est que ce choix formel entre directement en résonance avec l’un de ses enjeux centraux: l’impossibilité d’y voir clair dans un monde saturé de discours et aujourd’hui d’images, alors qu’il est difficile de distinguer le vrai du faux et que la polarisation rend le dialogue stérile.
Le spectacle repose bien sûr sur une exquise énergie collective, portée par des interprètes aussi engagés que formidables. Céline Bonnier, en Hamlet, impressionne par la densité de son jeu nerveux, lucide, fragmenté, en tension permanente. À ses côtés, la distribution, composée de Marie-Thérèse Fortin, Marie Line Mwabi Bouthillette, Kevin McCoy, Jean Marchand et Maxime Robin, s’impose à nous puisqu’elle est éblouissante et fascinante. Ensemble, ils et elles nous tiennent bien accrochés à notre siège.

Jean Marchand et Kevin McCoy dans Hamlet mis en scène par Angela Konrad © Patrice Tremblay
On rit également beaucoup dans la nouvelle pièce d’Angela Konrad, sans que la gravité des enjeux ne soit jamais désamorcée. La tragédie est traversée par l’ironie, l’absurde, la trivialité, la vitesse, l’excès, le décalage. Ce Hamlet est sérieux, mais ne se prend jamais au sérieux. Il se joue des ambiguïtés et cultive les paradoxes.
Il ne s’agit donc pas d’assister à une simple relecture de l’œuvre de Shakespeare ni à une quelconque représentation, plutôt d’être plongé dans un dispositif sensoriel, intellectuel et affectif qui met les spectatrices et les spectateurs au travail.
Avec le Hamlet d’Angela Konrad, on ne va pas au théâtre. On est au théâtre.
Présenté à l’Usine C jusqu’au 14 février 2026, supplémentaires les 19, 20 et 21 février, puis au Trident du 4 au 28 mars. Texte original: William Shakespeare Traduction: Jean-Michel Déprats. Conception artistique, adaptation et mise en scène: Angela Konrad. Scénographie: Angela Konrad et Alexandre Desjardins. Assistanat: Bethzaïda Thomas. Interprétation: Céline Bonnier, Marie Line Mwabi Bouthillette, Marie-Thérèse Fortin, Kevin McCoy, Jean Marchand, Maxime Robin. Conception vidéo et robotique: Alexandre Desjardins. Direction technique et création: Louis-Charles Lusignan. Conception sonore: Simon Gauthier. Costumes: Sébastien Dionne. Maquillage et coiffure: Audrey Toulouse. Conception des accessoires: Chloé Depommier. Conception lumières: Jean-François Labbé. Coproduction Le Trident + LA FABRIK en co-diffusion avec l’USINE C
Le Hamlet d’Angela Konrad est rock’n’roll, poétique, ultramoderne, audacieux, bizarre. Pour la metteure en scène et directrice artistique et générale de l’USINE C, le texte de Shakespeare semble devenir une matière instable, traversée par des forces contemporaines qui le déplacent, le contaminent, le reconfigurent dans une radicalité presque insolente.
Angela Konrad construit ainsi un dispositif scénique où se superposent les régimes de langage — verbal, non-verbal, sensoriel. Celle-ci fait en effet du plateau un espace de friction entre le texte, déclamé en français et parfois en anglais, les corps, les images et les sons.
La parole ne fait plus autorité à elle seule. Elle est sans cesse relayée, contredite, amplifiée par les présences incarnées, les mouvements, les postures, les déplacements, les attitudes, les regards, les couleurs, les non-couleurs, les musiques, les costumes, les textures. Même en cessant furtivement d’écouter, parce qu’on est subjugué·es par un détail, un geste, ou parce qu’on est plongé·es dans un moment d’introspection, le fil narratif reste évident, car absolument tout a du sens.
Quant aux projections vidéo, enregistrées ou en direct, elles participent sans doute activement à ce motif essentiel d’Hamlet du théâtre dans le théâtre. Elles convoquent en outre une atmosphère d’étrangeté, un peu à la Red Room du Twin Peaks de Lynch, et de surveillance paranoïaque, façon 1984 d’Orwell. Les personnages sont constamment observés, pris dans un réseau de reflets, de doubles, renvoyés à des images qui brouillent les frontières. Qu’est-ce qui relève du réel? Qu’est-ce qui relève du fantasme?
Marie-Thérèse Fortin et Marie Line Mwabi Bouthillette dans Hamlet mis en scène par Angela Konrad © Patrice Tremblay
L’une des forces de cette nouvelle vision d’Hamlet est que ce choix formel entre directement en résonance avec l’un de ses enjeux centraux: l’impossibilité d’y voir clair dans un monde saturé de discours et aujourd’hui d’images, alors qu’il est difficile de distinguer le vrai du faux et que la polarisation rend le dialogue stérile.
Le spectacle repose bien sûr sur une exquise énergie collective, portée par des interprètes aussi engagés que formidables. Céline Bonnier, en Hamlet, impressionne par la densité de son jeu nerveux, lucide, fragmenté, en tension permanente. À ses côtés, la distribution, composée de Marie-Thérèse Fortin, Marie Line Mwabi Bouthillette, Kevin McCoy, Jean Marchand et Maxime Robin, s’impose à nous puisqu’elle est éblouissante et fascinante. Ensemble, ils et elles nous tiennent bien accrochés à notre siège.
Jean Marchand et Kevin McCoy dans Hamlet mis en scène par Angela Konrad © Patrice Tremblay
On rit également beaucoup dans la nouvelle pièce d’Angela Konrad, sans que la gravité des enjeux ne soit jamais désamorcée. La tragédie est traversée par l’ironie, l’absurde, la trivialité, la vitesse, l’excès, le décalage. Ce Hamlet est sérieux, mais ne se prend jamais au sérieux. Il se joue des ambiguïtés et cultive les paradoxes.
Il ne s’agit donc pas d’assister à une simple relecture de l’œuvre de Shakespeare ni à une quelconque représentation, plutôt d’être plongé dans un dispositif sensoriel, intellectuel et affectif qui met les spectatrices et les spectateurs au travail.
Avec le Hamlet d’Angela Konrad, on ne va pas au théâtre. On est au théâtre.
Hamlet
Présenté à l’Usine C jusqu’au 14 février 2026, supplémentaires les 19, 20 et 21 février, puis au Trident du 4 au 28 mars. Texte original: William Shakespeare Traduction: Jean-Michel Déprats. Conception artistique, adaptation et mise en scène: Angela Konrad. Scénographie: Angela Konrad et Alexandre Desjardins. Assistanat: Bethzaïda Thomas. Interprétation: Céline Bonnier, Marie Line Mwabi Bouthillette, Marie-Thérèse Fortin, Kevin McCoy, Jean Marchand, Maxime Robin. Conception vidéo et robotique: Alexandre Desjardins. Direction technique et création: Louis-Charles Lusignan. Conception sonore: Simon Gauthier. Costumes: Sébastien Dionne. Maquillage et coiffure: Audrey Toulouse. Conception des accessoires: Chloé Depommier. Conception lumières: Jean-François Labbé. Coproduction Le Trident + LA FABRIK en co-diffusion avec l’USINE C