Créé en 2025 dans les murs du Collège Lionel-Groulx comme spectacle de fin d’études, Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé entame aujourd’hui une seconde vie sur une scène professionnelle, au Théâtre Aux Écuries. Pour cette cohorte de finissant∙es en jeu, il s’agit des premiers pas hors de l’école — avec un collage de paroles d’auteurs et d’autrices provenant autant du cinéma que de la philosophie, sous la direction de Nicolas Cantin.
Comment s’est construit ce texte ? Quelle est la provenance des répliques entendues dans le spectacle ?
Dès les premières répétitions, j’ai apporté aux interprètes des fragments de textes puisés sur Internet. L’idée était d’ouvrir le spectre des possibles à une multiplicité de sources disparates: poésies, manchettes de journaux, suites de questions, citations, courtes répliques de films ou extraits d’entretiens. De cet éventail de matériaux bruts et hétérogènes, je savais que nous pouvions faire émerger une parole intime, faite de mots simples et directs, délestés de tout artifice.
Comment s’est déroulée la « couture » des différents extraits ensemble ?
L’objectif était de créer un espace performatif tragicomique propice à un climat sensible, où faire jaillir une parole brute — celle d’un individu s’adressant à sa communauté — tout en se laissant pénétrer par ce que les mots ne peuvent dire. Dans ce dispositif, le texte n’est qu’un élément d’un ensemble. J’ai cherché à bâtir un environnement multiforme et ouvert, une sorte de zone franche où les interprètes forment une mini-société en mouvement, apprenant à habiter un espace commun et à en inventer les règles. L’enjeu était de créer un territoire de jeu organique, qui se construit et se déconstruit à vue sous le regard du public.
Faire et se tenir ensemble est au centre de la proposition. Est-ce que c’est une tentative de réponse à notre époque hyper individualiste ?
Il y a quelque chose de fascinant dans notre besoin viscéral de nous rassembler, dans cette pulsion qui nous pousse à chercher la chaleur du groupe tout en sachant que « faire société » est un sport de combat. Récemment, je me suis arrêté devant une cour d’école et j’ai réalisé à quel point c’était le miroir fou de notre société: brut, sans filtre, oscillant sans cesse entre l’harmonie totale et le désordre absolu. Je me disais que ce théâtre-là — organique, sans artifice — est précisément celui que je cherche à retrouver sur le plateau. Un espace où l’on réapprend comme des enfants à se regarder et à s’écouter, avec tout ce que cela charrie de chaos, de grâce et d’absolu.

Nicolas Raynauld, Simon-Olivier Fournier, Chloé Thuot, Michaël Therrien, Emma Talbi, Rosemarie Pelletier, Angelica Gentile, Amély Lapierre, Éléonore Dumontier-Larochelle, Frédérique Brunet et Marine Mazza.
© Marie-France Falardeau
Qu’ont en commun les paroles de Renata Adler, Drew Barrymore, Tim Etchells et Jean-Luc Nancy, mis à part le fait qu’on les retrouve dans le spectacle. ?
Aujourd’hui, grâce à Internet, on peut passer sans transition d’une citation du philosophe Jacques Derrida — affirmant que « jamais la violence, l’exclusion ou la famine n’ont affecté autant d’êtres humains dans l’histoire » — à une interview de l’actrice Drew Barrymore confiant que « chaque matin, elle reste au lit dix minutes pour réfléchir à sa place dans l’univers avant de se laver le visage ». C’est faire des ponts entre des voix si différentes qui m’intéressent, tout comme la manière singulière dont chaque message est communiqué. Car au fond, que ce soit le besoin de justice, la solitude, la peur de la mort, le désir ou l’abandon, ces sentiments nous travaillent de la même manière. Si chacun l’exprime à travers son propre médium et ses propres mots, l’expérience humaine, elle, reste universelle.
Comment décrire la cohorte de cette année ? Quelles seraient les caractéristiques communes aux des membres du groupe ?
Travailler avec cette cohorte est un immense plaisir. Je les trouve d’une grande générosité et d’une grande ouverture. Ce qui me frappe, c’est leur force d’invention: ils ne se contentent pas de porter les mots, ils sont aussi capables d’engager leur corps sur un mode performatif et de faire vivre la partition au présent. Ce qui me touche aussi, c’est cette cohésion profonde et la façon dont ils habitent leurs différences, chacun transportant sa propre histoire et son propre rapport au monde. C’est dans cette rencontre des singularités que la création trouve sa véritable inspiration.
Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé est présenté au Théâtre Aux Écuries les 27 et 28 mars 2026.
Créé en 2025 dans les murs du Collège Lionel-Groulx comme spectacle de fin d’études, Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé entame aujourd’hui une seconde vie sur une scène professionnelle, au Théâtre Aux Écuries. Pour cette cohorte de finissant∙es en jeu, il s’agit des premiers pas hors de l’école — avec un collage de paroles d’auteurs et d’autrices provenant autant du cinéma que de la philosophie, sous la direction de Nicolas Cantin.
Comment s’est construit ce texte ? Quelle est la provenance des répliques entendues dans le spectacle ?
Dès les premières répétitions, j’ai apporté aux interprètes des fragments de textes puisés sur Internet. L’idée était d’ouvrir le spectre des possibles à une multiplicité de sources disparates: poésies, manchettes de journaux, suites de questions, citations, courtes répliques de films ou extraits d’entretiens. De cet éventail de matériaux bruts et hétérogènes, je savais que nous pouvions faire émerger une parole intime, faite de mots simples et directs, délestés de tout artifice.
Comment s’est déroulée la « couture » des différents extraits ensemble ?
L’objectif était de créer un espace performatif tragicomique propice à un climat sensible, où faire jaillir une parole brute — celle d’un individu s’adressant à sa communauté — tout en se laissant pénétrer par ce que les mots ne peuvent dire. Dans ce dispositif, le texte n’est qu’un élément d’un ensemble. J’ai cherché à bâtir un environnement multiforme et ouvert, une sorte de zone franche où les interprètes forment une mini-société en mouvement, apprenant à habiter un espace commun et à en inventer les règles. L’enjeu était de créer un territoire de jeu organique, qui se construit et se déconstruit à vue sous le regard du public.
Faire et se tenir ensemble est au centre de la proposition. Est-ce que c’est une tentative de réponse à notre époque hyper individualiste ?
Il y a quelque chose de fascinant dans notre besoin viscéral de nous rassembler, dans cette pulsion qui nous pousse à chercher la chaleur du groupe tout en sachant que « faire société » est un sport de combat. Récemment, je me suis arrêté devant une cour d’école et j’ai réalisé à quel point c’était le miroir fou de notre société: brut, sans filtre, oscillant sans cesse entre l’harmonie totale et le désordre absolu. Je me disais que ce théâtre-là — organique, sans artifice — est précisément celui que je cherche à retrouver sur le plateau. Un espace où l’on réapprend comme des enfants à se regarder et à s’écouter, avec tout ce que cela charrie de chaos, de grâce et d’absolu.
Nicolas Raynauld, Simon-Olivier Fournier, Chloé Thuot, Michaël Therrien, Emma Talbi, Rosemarie Pelletier, Angelica Gentile, Amély Lapierre, Éléonore Dumontier-Larochelle, Frédérique Brunet et Marine Mazza.
© Marie-France Falardeau
Qu’ont en commun les paroles de Renata Adler, Drew Barrymore, Tim Etchells et Jean-Luc Nancy, mis à part le fait qu’on les retrouve dans le spectacle. ?
Aujourd’hui, grâce à Internet, on peut passer sans transition d’une citation du philosophe Jacques Derrida — affirmant que « jamais la violence, l’exclusion ou la famine n’ont affecté autant d’êtres humains dans l’histoire » — à une interview de l’actrice Drew Barrymore confiant que « chaque matin, elle reste au lit dix minutes pour réfléchir à sa place dans l’univers avant de se laver le visage ». C’est faire des ponts entre des voix si différentes qui m’intéressent, tout comme la manière singulière dont chaque message est communiqué. Car au fond, que ce soit le besoin de justice, la solitude, la peur de la mort, le désir ou l’abandon, ces sentiments nous travaillent de la même manière. Si chacun l’exprime à travers son propre médium et ses propres mots, l’expérience humaine, elle, reste universelle.
Comment décrire la cohorte de cette année ? Quelles seraient les caractéristiques communes aux des membres du groupe ?
Travailler avec cette cohorte est un immense plaisir. Je les trouve d’une grande générosité et d’une grande ouverture. Ce qui me frappe, c’est leur force d’invention: ils ne se contentent pas de porter les mots, ils sont aussi capables d’engager leur corps sur un mode performatif et de faire vivre la partition au présent. Ce qui me touche aussi, c’est cette cohésion profonde et la façon dont ils habitent leurs différences, chacun transportant sa propre histoire et son propre rapport au monde. C’est dans cette rencontre des singularités que la création trouve sa véritable inspiration.
Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé est présenté au Théâtre Aux Écuries les 27 et 28 mars 2026.