Dès les premières images, on est pris entre le ravissement et l’incompréhension. Étrange objet théâtral que cette douce plongée dans un sous-sol peuplé de piles de draps blancs et de silhouettes noires à cornes. Le sujet, d’une gravité innommable, est traité avec une délicatesse qui caresse au lieu de frapper.
Après s’être attaqué au mythe d’Elvis Presley avec Disgraceland, le collectif entièrement féminin Les Tables Tournantes, composé de Joanie Fortin, Mylène Guay et Iris Richert, propose ici un conte moderne qui revisite avec subtilité celui de Peter Pan, en y entremêlant la figure de la mère sacrifiée.
Peter, cinq ans, assiste au meurtre de sa mère. Terrassé, il se cache derrière la machine à laver. De ses larmes surgit un crocodile allergique à celles-ci. Des fées cornues, issues du corps maternel, l’emportent alors pour l’aider à se délester de ce fardeau. Le point de départ est lourd, mais la proposition ne l’est jamais. Bien au contraire.

On évolue dans un univers étrangement apaisant. Le spectacle avance à tâtons, dans un rythme lent, porté par les silences et une économie de mots qui semble juste. Seul le crocodile parle, avec une voix d’outre-tombe si retravaillée qu’elle en avale parfois les subtilités du texte. Certaines pointes d’humour se perdent, et leur présence aurait pourtant été bienvenue.
Les trois interprètes donnent vie à cet univers avec une grande maîtrise. Le crocodile est à la fois inquiétant et fascinant, et sa scène chantée apporte un souffle ludique bienvenu. Mais c’est la marionnette de Peter, conçue par Sophie Deslauriers et Gabrielle Chabot, qui touche au cœur. D’un réalisme troublant, elle nous fait oublier sa matérialité. Chaque apparition de l’enfant est un moment suspendu. On peut toutefois regretter qu’il soit privé de voix : ses pleurs préenregistrés limitent son expressivité. On aurait souhaité l’entendre crier, respirer, exister davantage.

Le crocodile, figure à la fois inquiétante et ludique, impose sa présence dans un tableau aux accents absurdes. © Camille Gladu-Drouin
Plusieurs tableaux marquent l’imaginaire, notamment l’apparition de Sylves noires, à la fois dansantes et inquiétantes, qui insufflent une nouvelle énergie au récit. L’image finale, portée par une projection de coucher de soleil d’une grande sobriété, est d’une beauté cinématographique.
Reste une question. À qui s’adresse réellement ce spectacle ? Aux enfants, malgré la violence de son point de départ ? Aux adultes, à travers un langage visuel feutré ? Il y a là un choix assumé, celui de ne jamais heurter frontalement. Mais à force de retenue, on peut se demander si la proposition ne s’interdit pas une part de sa propre puissance.
Peut-être est-ce là le geste fondamental du spectacle : nous placer derrière les yeux d’un enfant pour adoucir l’insoutenable. Après tout, n’est-ce pas ce que nous devrions tous faire : protéger, transformer, déplacer l’horreur, pour permettre encore un peu de rêve ?

Dans une lumière crépusculaire, une image finale d’une grande sobriété évoque à la fois perte, mémoire et apaisement. © Camille Gladu-Drouin
Texte et mise en scène : Joanie Fortin et Iris Richert. Distribution : Joanie Fortin, Mylène Guay et Gabriela Jovian-Mazon. Avec les voix de Claudelle Carrier-Guay et Iris Richert. Assistance à la mise en scène et conseil dramaturgique : Karine St-Arnaud. Production et conception des décors : Les Tables Tournantes. Scénographie et conception des marionnettes : Gabrielle Chabot. Conception originale de Peter : Sophie Deslauriers. Conception lumière et régie : Jacinthe Racine. Conception sonore : Joanie Fortin. Spatialisation sonore : Varnen Pareanan. Direction technique : Sabrynna Bourgeois. Direction de production : Clémence Doray et Alice Blouin-Décoste. Photo: Camille Gladu-Drouin. Une production Les Tables Tournantes, présenté aux Théâtre Les Écuries du 7 au 18 avril 2026.
Dès les premières images, on est pris entre le ravissement et l’incompréhension. Étrange objet théâtral que cette douce plongée dans un sous-sol peuplé de piles de draps blancs et de silhouettes noires à cornes. Le sujet, d’une gravité innommable, est traité avec une délicatesse qui caresse au lieu de frapper.
Après s’être attaqué au mythe d’Elvis Presley avec Disgraceland, le collectif entièrement féminin Les Tables Tournantes, composé de Joanie Fortin, Mylène Guay et Iris Richert, propose ici un conte moderne qui revisite avec subtilité celui de Peter Pan, en y entremêlant la figure de la mère sacrifiée.
Peter, cinq ans, assiste au meurtre de sa mère. Terrassé, il se cache derrière la machine à laver. De ses larmes surgit un crocodile allergique à celles-ci. Des fées cornues, issues du corps maternel, l’emportent alors pour l’aider à se délester de ce fardeau. Le point de départ est lourd, mais la proposition ne l’est jamais. Bien au contraire.
On évolue dans un univers étrangement apaisant. Le spectacle avance à tâtons, dans un rythme lent, porté par les silences et une économie de mots qui semble juste. Seul le crocodile parle, avec une voix d’outre-tombe si retravaillée qu’elle en avale parfois les subtilités du texte. Certaines pointes d’humour se perdent, et leur présence aurait pourtant été bienvenue.
Les trois interprètes donnent vie à cet univers avec une grande maîtrise. Le crocodile est à la fois inquiétant et fascinant, et sa scène chantée apporte un souffle ludique bienvenu. Mais c’est la marionnette de Peter, conçue par Sophie Deslauriers et Gabrielle Chabot, qui touche au cœur. D’un réalisme troublant, elle nous fait oublier sa matérialité. Chaque apparition de l’enfant est un moment suspendu. On peut toutefois regretter qu’il soit privé de voix : ses pleurs préenregistrés limitent son expressivité. On aurait souhaité l’entendre crier, respirer, exister davantage.
Le crocodile, figure à la fois inquiétante et ludique, impose sa présence dans un tableau aux accents absurdes. © Camille Gladu-Drouin
Plusieurs tableaux marquent l’imaginaire, notamment l’apparition de Sylves noires, à la fois dansantes et inquiétantes, qui insufflent une nouvelle énergie au récit. L’image finale, portée par une projection de coucher de soleil d’une grande sobriété, est d’une beauté cinématographique.
Reste une question. À qui s’adresse réellement ce spectacle ? Aux enfants, malgré la violence de son point de départ ? Aux adultes, à travers un langage visuel feutré ? Il y a là un choix assumé, celui de ne jamais heurter frontalement. Mais à force de retenue, on peut se demander si la proposition ne s’interdit pas une part de sa propre puissance.
Peut-être est-ce là le geste fondamental du spectacle : nous placer derrière les yeux d’un enfant pour adoucir l’insoutenable. Après tout, n’est-ce pas ce que nous devrions tous faire : protéger, transformer, déplacer l’horreur, pour permettre encore un peu de rêve ?
Dans une lumière crépusculaire, une image finale d’une grande sobriété évoque à la fois perte, mémoire et apaisement. © Camille Gladu-Drouin
Croyez-vous aux fées?
Texte et mise en scène : Joanie Fortin et Iris Richert. Distribution : Joanie Fortin, Mylène Guay et Gabriela Jovian-Mazon. Avec les voix de Claudelle Carrier-Guay et Iris Richert. Assistance à la mise en scène et conseil dramaturgique : Karine St-Arnaud. Production et conception des décors : Les Tables Tournantes. Scénographie et conception des marionnettes : Gabrielle Chabot. Conception originale de Peter : Sophie Deslauriers. Conception lumière et régie : Jacinthe Racine. Conception sonore : Joanie Fortin. Spatialisation sonore : Varnen Pareanan. Direction technique : Sabrynna Bourgeois. Direction de production : Clémence Doray et Alice Blouin-Décoste. Photo: Camille Gladu-Drouin. Une production Les Tables Tournantes, présenté aux Théâtre Les Écuries du 7 au 18 avril 2026.