Il est question du groupe, d’une masse qui évolue à l’unisson, quoi qu’il arrive. Les corps s’agrègent, se heurtent, sans jamais atteindre une harmonie stable. Mais surtout, ils se soutiennent. Il ne s’agit pas d’un collectif apaisé. La négociation est constante, plutôt. Une lutte contre la dispersion. La pièce tient dans cette tension : comment avancer ensemble quand tout conspire à la division ?
D’emblée, le corps est pris dans un régime de tension continue. Il est sommé d’agir, de répondre, de tenir. Les cinq interprètes de Sans quoi nous crèverons de Virginie Brunelle composent ainsi avec une matière instable. Ils sont traversés par les secousses d’un monde qui vacille — difficile, en effet, d’échapper à la brutalité des nouvelles, d’où qu’elles viennent. En assistant à ce spectacle, nous refusons de nous laisser faire.

Alignés face au public, les interprètes donnent à voir des corps contraints, sommés de tenir dans une même impulsion. © David Wong
Tenir dans la secousse
La chorégraphie surgit. Répétitions qui s’enrayent, élans brusquement coupés, accumulations proches de la saturation. Par moments, le regard cherche un point d’ancrage. Il n’y en a pas ou peut-être il y en a plusieurs. Virginie Brunelle prend le risque du trop-plein. Un risque qui vaut le coup. Car ce qui pourrait apparaître comme du désordre révèle en réalité la nécessité de se tenir ensemble.
On pourrait reprocher à l’ensemble ses débordements, certaines exécutions qui frôlent la confusion. Mais ce serait manquer le geste. Car Sans quoi nous crèverons ne nous invite pas dans une clarté formelle au sens classique. Le chaos n’est pas décoratif, il est bel et bien structurant, assumé, nécessaire.

Gestes cassés, élans contrariés : la chorégraphie s’enraye dans une mécanique proche de la saturation. © David Wong
Corps exposés, émotions exacerbées
Visuellement, la pièce s’inscrit dans un clair-obscur tranché, presque violent. Les corps émergent de la pénombre, happés par des faisceaux qui les découpent, les dramatisent, les exposent. On perçoit une esthétique baroque qui convoque les peintures italiennes et flamandes du 17e siècle non pas comme citation, mais comme intensification du réel. Les visages se tendent, les gestes sont exacerbés. C’est la pleine expression des émotions. Pas de place pour l’atténuation.
Chez Virginie Brunelle, le corps n’est donc jamais abstrait. Il est organique: dense, sonore, habité. La musique de Laurier Rajotte soutient cette profondeur. Elle gronde sur le long cours, puis elle pulse. Parfois aussi elle se retire brièvement, laissant aux spectatrices et aux spectateurs l’occasion d’entendre autre chose, comme le souffle, l’impact, le frottement. Léger inconfort. Ce qui reste alors, c’est une physicalité, presque nue, qui rappelle l’engagement des interprètes.

Découpés par la lumière, les corps émergent de la pénombre dans un clair-obscur qui exacerbe les tensions. © David Wong
La dernière séquence déplace subtilement la perspective. Elle nous libère, en fait. L’énergie circule autrement, presque accordée. Comme si, après l’épuisement, restait encore la possibilité d’un lien. C’est celui-ci qui triomphe.
Virginie Brunelle signe une œuvre éloquente, qui ne tolère pas l’agrément de la distance. Dès lors, Sans quoi nous crèverons ne représente pas le monde, mais le prend de front. Le collectif n’est pas un idéal, c’est une condition de survie.

L’espace s’ouvre, les corps respirent autrement : une circulation nouvelle de l’énergie affleure. © David Wong
Chorégraphe: Virginie Brunelle
Interprètes: Sophie Breton, Alexandre Carlos,Yelda del Carmen, José Flores, Émile de Vasconcelos-Taillefer. Répétitrice: Lucie Vigneault. Composition sonore: Laurier Rajotte. Lumières: Chantal Labonté. Costumes: Virginie Brunelle + Jonathan Saucier. Direction technique: François Marceau, Direction de production: Charlotte Ménard. Administration: Lorganisme. Coproducteurs: Centre national des Arts, Kinneksbond – Centre Culturel Mamer (Luxembourg). À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu’au 18 avril.
Il est question du groupe, d’une masse qui évolue à l’unisson, quoi qu’il arrive. Les corps s’agrègent, se heurtent, sans jamais atteindre une harmonie stable. Mais surtout, ils se soutiennent. Il ne s’agit pas d’un collectif apaisé. La négociation est constante, plutôt. Une lutte contre la dispersion. La pièce tient dans cette tension : comment avancer ensemble quand tout conspire à la division ?
D’emblée, le corps est pris dans un régime de tension continue. Il est sommé d’agir, de répondre, de tenir. Les cinq interprètes de Sans quoi nous crèverons de Virginie Brunelle composent ainsi avec une matière instable. Ils sont traversés par les secousses d’un monde qui vacille — difficile, en effet, d’échapper à la brutalité des nouvelles, d’où qu’elles viennent. En assistant à ce spectacle, nous refusons de nous laisser faire.
Alignés face au public, les interprètes donnent à voir des corps contraints, sommés de tenir dans une même impulsion. © David Wong
Tenir dans la secousse
La chorégraphie surgit. Répétitions qui s’enrayent, élans brusquement coupés, accumulations proches de la saturation. Par moments, le regard cherche un point d’ancrage. Il n’y en a pas ou peut-être il y en a plusieurs. Virginie Brunelle prend le risque du trop-plein. Un risque qui vaut le coup. Car ce qui pourrait apparaître comme du désordre révèle en réalité la nécessité de se tenir ensemble.
On pourrait reprocher à l’ensemble ses débordements, certaines exécutions qui frôlent la confusion. Mais ce serait manquer le geste. Car Sans quoi nous crèverons ne nous invite pas dans une clarté formelle au sens classique. Le chaos n’est pas décoratif, il est bel et bien structurant, assumé, nécessaire.
Gestes cassés, élans contrariés : la chorégraphie s’enraye dans une mécanique proche de la saturation. © David Wong
Corps exposés, émotions exacerbées
Visuellement, la pièce s’inscrit dans un clair-obscur tranché, presque violent. Les corps émergent de la pénombre, happés par des faisceaux qui les découpent, les dramatisent, les exposent. On perçoit une esthétique baroque qui convoque les peintures italiennes et flamandes du 17e siècle non pas comme citation, mais comme intensification du réel. Les visages se tendent, les gestes sont exacerbés. C’est la pleine expression des émotions. Pas de place pour l’atténuation.
Chez Virginie Brunelle, le corps n’est donc jamais abstrait. Il est organique: dense, sonore, habité. La musique de Laurier Rajotte soutient cette profondeur. Elle gronde sur le long cours, puis elle pulse. Parfois aussi elle se retire brièvement, laissant aux spectatrices et aux spectateurs l’occasion d’entendre autre chose, comme le souffle, l’impact, le frottement. Léger inconfort. Ce qui reste alors, c’est une physicalité, presque nue, qui rappelle l’engagement des interprètes.
Découpés par la lumière, les corps émergent de la pénombre dans un clair-obscur qui exacerbe les tensions. © David Wong
La dernière séquence déplace subtilement la perspective. Elle nous libère, en fait. L’énergie circule autrement, presque accordée. Comme si, après l’épuisement, restait encore la possibilité d’un lien. C’est celui-ci qui triomphe.
Virginie Brunelle signe une œuvre éloquente, qui ne tolère pas l’agrément de la distance. Dès lors, Sans quoi nous crèverons ne représente pas le monde, mais le prend de front. Le collectif n’est pas un idéal, c’est une condition de survie.
L’espace s’ouvre, les corps respirent autrement : une circulation nouvelle de l’énergie affleure. © David Wong
Sans quoi nous crèverons
Chorégraphe: Virginie Brunelle Interprètes: Sophie Breton, Alexandre Carlos,Yelda del Carmen, José Flores, Émile de Vasconcelos-Taillefer. Répétitrice: Lucie Vigneault. Composition sonore: Laurier Rajotte. Lumières: Chantal Labonté. Costumes: Virginie Brunelle + Jonathan Saucier. Direction technique: François Marceau, Direction de production: Charlotte Ménard. Administration: Lorganisme. Coproducteurs: Centre national des Arts, Kinneksbond – Centre Culturel Mamer (Luxembourg). À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu’au 18 avril.