Critiques

Le petit astronaute : atterrissage tout en finesse

Miryam Amrouche donne voix et souffle à Juliette, aux côtés de la marionnette de Tom, à la présence fragile et lumineuse (conçue par Annabelle Roy) © Stephane Bourgeois

Bande dessinée célébrée et primée, Le petit astronaute de Jean-Paul Eid raconte magnifiquement une histoire qui nous atteint droit au cœur. Son atterrissage sur la scène du théâtre du Trident est rempli de tendresse et de drôlerie, et suscite le même effet.

La musique de Josué Beaucage, qui performe en direct en mariant clavier, modulations vocales et rythmes organiques — qui résonnent comme autant de battements de cœur — y est pour beaucoup. Le concepteur sonore occupe un petit plateau aux allures de tour de contrôle côté jardin.

Sur un îlot scénique transformé en tour de contrôle sonore, Josué Beaucage tisse en direct une trame musicale organique © Stéphane Bourgeois

Penser que le petit Tom, surnommé Major Tom en l’honneur de la chanson de David Bowie, ait fait son voyage sur Terre accompagné par ce musicien sensible et touche-à-tout est tout à fait cohérent avec la proposition de l’œuvre originale, qui baigne dans les références musicales et cosmiques.

Un piano trône d’ailleurs au cœur du décor bien cadré et surélevé conçu par Ariane Sauvé. Les pièces de vie de la maison familiale tant aimée tiennent lieu de chaleureux castelet principal de la fiction. Des sections s’ouvrent à l’avant pour faire apparaître le sous-sol, l’atelier, la garderie, une chambre d’hôpital, une salle d’attente.

Les éclairages de Keven Dubois agissent comme des filtres ; doux et enveloppants, étoilés ou étourdissants, avec un effet néon pour un moment d’alarme. Des projections de dessins, pictogrammes ou textos y apparaissent telles des bulles lumineuses à des moments clés.

La maison familiale se déploie en coupe, révélant ses espaces intimes — du salon à la cuisine — où le quotidien se teinte d’imaginaire et de projections lumineuses. © Stéphane Bourgeois

Émouvante marionnette

Comme dans la BD, la narration est assumée par Juliette (pétillante Miryam Amrouche), la grande sœur de Tom, né avec la paralysie cérébrale, mais surtout, dans l’œil de ceux qui l’aiment, doté de super pouvoirs. Sur scène, le bébé, bambin, puis enfant est représenté par une marionnette au visage lunaire. L’émouvant objet est bercé et couvert de soins par les interprètes. Il prend vie avec des manipulations simples, presque invisibles et un peu magiques.

Miguel (Marc-Antoine Marceau) et Pénélope (Frédérique Bradet) veillent avec une infinie délicatesse sur le petit Tom © Stéphane Bourgeois

L’adaptation faite par Jean-Paul Eid et Mary-Lee Picknell, en collaboration avec la metteuse en scène Maryse Lapierre, reprend les textes de certaines pages mot à mot et suit le fil d’une histoire déjà bien construite. Elle coupe, aussi, pour laisser place à des scènes de groupe plus développées.

Au théâtre, sous l’égide de Maryse Lapierre, le noyau familial du Petit astronaute prend de l’expansion et gagne en humour. Sa mise en scène et sa direction d’acteurs baignent dans la solidarité, la sensibilité et le ludisme. L’entrée de Tom à la garderie en est un bon exemple. Carla Mezquita Honhon et Lorraine Côté y jouent les éducatrices accueillantes, on sent le soulagement des parents interprétés par Marc-Antoine Marceau et Frédérique Bradet, alors qu’Anthony Parent-Castanha, Maxime Robin, Carolanne Foucher et Mathieu Bérubé-Lemay (formé chez Entr’actes) font apparaître les bambins simplement en tenant une casquette colorée et en faisant bouger un jouet.

Carla Mezquita Honhon et Lorraine Côté composent des éducatrices chaleureuses, figures d’accueil et de relais dans le parcours du petit Tom. © Stéphane Bourgeois

Les images scéniques touchantes cadrées autour du cocon familial, les joyeuses scènes de groupe (le déménagement et Noël collent un sourire au visage), les passes plus difficiles, abordées avec écoute et franchise, mettent en valeur les forces de chacun des interprètes. Ils naviguent tous avec agilité dans cette palette qui va de la comédie au drame, mais qui surtout, fait briller ce qu’il y a de beau et lumineux dans l’existence.

La cellule familiale s’élargit dans une scène de Noël festive. De gauche à droite : Miryam Amrouche, Frédérique Bradet, Carla Mezquita Honhon, Maxime Robin, Lorraine Côté, Mathieu Bérubé-Lemay, Anthony Parent-Castanha, Carolanne Foucher et Marc-Antoine Marceau. © Stéphane Bourgeois

Le petit astronaute

D’après la bande dessinée de Jean-Paul Eid. Écriture dramatique : Mary-Lee Picknell. Adaptation pour la scène : Jean-Paul Eid et Mary-Lee Picknell, en collaboration avec Maryse Lapierre. Mise en scène : Maryse Lapierre, assistée d’Elizabeth Cordeau Rancourt. Scénographie : Ariane Sauvé. Conception marionnette : Annabelle Roy. Costumes : Églantine Mailly. Éclairages : Keven Dubois. Musique : Josué Beaucage. Maquillage : Géraldine Rondeau. Accessoires : Jeanne Lapierre. Avec Miryam Amrouche, Marc-Antoine Marceau, Frédérique Bradet, Lorraine Côté, Anthony Parent-Castanha, Maxime Robin, Carla Mezquita Honhon, Carolanne Foucher, Mathieu Bérubé-Lemay et Josué Beaucage. Une production du Théâtre du Trident, présentée au Trident jusqu’au 16 mai 2026.

 

Josianne Desloges

À propos de

Josianne Desloges écrit pour JEU et est membre de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) depuis 2008. Elle a participé à des stages au Festival d'Avignon, au Festival de théâtre d'Istanbul, avec En Piste pendant Montréal complètement cirque et au Théâtre français du Centre National des arts d'Ottawa — dont elle a contribué aux Cahiers et rédigé les textes de plusieurs saisons. Chroniqueuse arts visuels et journaliste pour le quotidien Le Soleil à Québec pendant plus d'une décennie, elle est maintenant cheffe adjointe des contenus dans une agence, tout en écrivant à la pige.