La saison de l’Usine C s’ouvre avec Danseprophétiqueàl’îlebizarre de l’artiste de performance Geneviève Crépeau. du duo Geneviève Matthieu. Le décès de Matthieu en 2025 n’enlève rien à la détermination de la créatrice à poursuivre une démarche entreprise il y a 25 ans dans la joie, accompagnée sur scène de musique et d’objets hétéroclites.
Après la « reprise » de L’opéra d’or au OFFTA en juin, vous nous revenez avec Danseprophétiqueàl’îlebizarre, une pièce qui a commencé à émerger en 2022. Est-ce que ce processus de création au long cours vous permet de conserver ce qui a été fait avec Matthieu tout en faisant évoluer la pièce ?
Absolument. Matthieu continue de m’habiter et il me guide dans mes choix. Nous sommes des flammes jumelles et, par son absence, il prend encore plus de place. Depuis le décès de Matthieu, j’ai dû adapter ma façon de créer et j’ai poursuivi la création avec l’intention d’y insuffler la joie et le partage. J’ai besoin qu’on se rassemble. Avec Ji-Yoon Han, la commissaire au projet, on s’est amusée à transposer l’île bizarre au théâtre. J’ai invité Dunstin Topp à m’écrire une musique qui danse. C’est vraiment fun la collaboration. La présence d’Antoine Charbonneau-Demers comme entraîneur privé et de Georges Rebboh porte cet esprit qu’en gang on est plus fort.
Il y a quelque chose relevant du « rituel » dans votre pratique : danse, musique et entraînement physique pendant la nuit dans une forêt étrange composée de sculptures et de cierges dans cette production. Vous semblez aimer les entre-deux entre le quotidien et le sacré, le kitsch et la poésie ?
La vie d’artiste est quelque chose de très mystérieux. Loin d’être romantique, faire le choix de s’investir dans la création, ses valeurs et ses visions demande beaucoup d’amour et de sacrifices. Je crois que c’est important de transmettre cette foi à travers notre art.

En ce sens, vous n’êtes pas très loin de la question centrale posée par un autre performeur québécois incontournable, Jacob Wren : « comment être soi-même sur scène ? »
Être soi-même dans la vie est déjà un réel défi, alors sur scène, vraiment, c’est le travail d’une vie, ahahaha. Mais effectivement, je cherche à traverser le miroir, traverser cette limite, et suivre le courant de ma pensée. Mon travail pose vraiment la question de l’art et de la vie. Comment les choix de notre quotidien influencent notre art et vice versa ? À force d’imaginer, on crée une réalité. Pour moi c’est ça la magie de la vie, ce sentiment d’être à la bonne place au bon moment.
Vous partez ensuite à Aix, Marseille, Paris et Bruxelles avec cette pièce. Votre travail est reconnu internationalement, mais qu’est-ce que le contact avec un autre public vous apporte comme artiste ?
Le contact avec un autre public donne un sens à ce que je fais. Je suis vraiment une troubadour, et aller au-delà de toutes les frontières m’amène à me situer dans le monde dans lequel je vis. Je suis vraiment stimulée par ma tournée cet automne, de performer sur différentes scènes, autant dans des lieux dédiés à la performance (Le Générateur, Paris), au théâtre d’auteur (Les Bernardines, Marseille) qu’à la poésie (Bruxelles). Pour moi le mélange des publics est essentiel et surtout ça permet de faire évoluer la pratique. Cet hiver, je me suis retrouvée dans la région Gumma au Japon où j’ai présenté 4 performances de L’opéra d’or. Ça m’a vraiment inspirée et stimulée de me retrouver seule pendant cinq semaines à présenter cette œuvre devant un tout nouveau public. Les Japonais ont été très généreux et emballés par ma proposition. C’est énergisant d’être vu par des yeux frais. Ça donne des ailes.

Ceci nous amène à considérer votre démarche dans son ensemble depuis 25 ans. Comment voyez-vous vos prochaines années de création, toujours en constante évolution, j’imagine ?
J’ai l’intention d’entamer un cycle de création qui portera mes aspirations profondes, un besoin de légèreté et de liberté. Le maximaliste dans le minimal. Tout un objectif ahahahaha. L’amour au temps de l’absence, je veux aller là où je vais, avec une feuille de cartable, une plume, un micro et un beat-box. Yessir !




