Après Mama en 2022 et Frères au printemps dernier chez Duceppe, Nathalie Doummar poursuit cet automne, à La Licorne, l’introspection de son vécu familial. Telle une ethnologue dotée d’un sens inné de la psychologie, elle fouille avec délicatesse le tissu de sa parenté pour en extirper matière à réflexion universelle.
Avec Georges, son nouvel opus, exit toutefois la fratrie divisée en clan féminin et clan masculin : l’autrice pose ici un regard beaucoup plus intime sur le noyau père-enfants, la mère n’étant qu’évoquée. Sur scène se retrouvent donc le patriarche Georges, son fils Joseph et sa fille Diane, interprétée par Nathalie Doummar elle-même.
Dans le salon conventionnel d’un bungalow de classe moyenne trône le fauteuil inclinable du papa. Autour, sur les banquettes et près du comptoir, s’agite et grandit la progéniture. Au fil du temps, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, la relation du trio nous est exposée en fines tranches de vie, mêlant rires et larmes.

Amour inconditionnel
Georges est foncièrement conservateur. Pro-Trump, climatosceptique, homophobe, il a beaucoup de mal à faire face aux idées nouvelles. Il est tiraillé entre son éducation catholique moyen-orientale et l’émancipation de la nouvelle génération.
Que ce soit à cause de sorties adolescentes où l’alcool et la drogue coulent à flots, de relations intimes avant les fiançailles, d’une vocation artistique périlleuse ou encore, et surtout, d’un coming out, tout le bouscule. Face à cette réalité qui brouille ses repères, il s’oppose d’abord, puis négocie et enfin se résigne.
Parce qu’avant tout, Georges aime éperdument ses enfants. Il leur offre de l’argent à gogo, des chaussettes en laine de mérinos, beaucoup de gâteaux et surtout un humour de tous les instants, même dans les moments les moins rigolos.

Atmosphère familiale
Il règne dans cette production une ambiance rare, celle qu’on voudrait transposer dans notre propre vie. Pourquoi ? Parce que Manuel Tadros compose un père qu’on aimerait tous avoir, malgré ses travers. Parce que Neil Elias, tout en subtilité, campe un Joseph qui s’inquiète des autres en s’oubliant souvent lui-même. Et parce que Nathalie Doummar fait de Diane, son alter ego, une sœur combative et sensible.
La connivence entre les interprètes est palpable, grâce à la direction attentive de Rose-Anne Déry. Son travail tout en finesse sur les dialogues donne lieu à une relation réaliste et touchante. De plus, l’idée de prendre le public à témoin comme s’il faisait partie de la famille fait mouche, tant la salle s’y prête volontiers.
L’expérience théâtrale résonne : on en sort assurément rasséréné, mais peut-être pas encore assez rassasié de baklava ou de chocolat. Alors, à l’instar de Georges, lançons à Nathalie Doummar un percutant « Yalla ! »

Georges
Texte : Nathalie Doummar. Mise en scène : Rose-Anne Déry. Assistance à la mise en scène : Andrée-Anne Garneau. Décor et accessoires : Maude Janvier. Costumes : Cynthia St-Gelais. Éclairages : Leticia Hamaoui. Musique : Étienne Thibault. Maquillage : Sylvie Rolland Provost. Interprétation : Nathalie Doummar, Neil Elias et Manuel Tadros (en alternance avec Antoine Yared). Une production de La Manufacture présentée au Théâtre La Licorne du 29 septembre au 7 novembre 2026.



