Ça commence comme une gimmick. Seul en scène, dos au public, Walid « Waldo » Hammani apparaît sur fond de musique aux accents urbains et techno, signée Vithou Thurber-Prom Tep et Shash’U. Vêtu d’un complet soyeux aux teintes pastel et coiffé d’un chapeau, il module ses mouvements au gré des sons. Un ton minimaliste est donné. Saccadée, stylée, presque robotique, sa gestuelle s’inscrit dans l’esthétique épurée d’un street dance qui s’invite sur les scènes contemporaines. Le public familier avec ses codes, semble prêt à embarquer.
La proposition commence modestement, puis déploie progressivement ses possibilités. Danseur d’une grande habileté, Hammani habite l’espace et parvient à faire émerger un véritable récit, qui tient la route pendant 60 minutes. Il y est question de jeunesse, d’urbanité, de masculinité, mais aussi du désir de prendre sa place et de suivre le rythme de sa propre musique. On imagine un gars qui clubbe en solo dans la ville, accompagné par un DJ invisible qui le suit comme une ombre. On rêve d’être libre et désinvolte comme lui!
La danse a quelque chose du centre-ville de Montréal, en ce samedi soir d’octobre : elle est fun, agile, fraîche, traversée d’une énergie qui ne demande qu’à circuler. Hammani s’approprie l’espace avec l’aisance de ces patineurs à roulettes virtuoses qui dominent la piste de l’Esplanade Tranquille, non loin de là.

Derrière les petits pas discrets se cachent de véritables prouesses corporelles et une mise en scène bien rodée. Le street dance et le popping trouvent ici leur place dans une écriture chorégraphique dépouillée, précise et visuellement séduisante. Des éclairages francs et très travaillés signés Jonathan Cleveland complète cette danse avec la ville. Physiquement impeccable, le spectacle ravit autant qu’il ouvre une porte sur une forme d’expression qui n’attend la permission de personne pour exister, s’affirmer et déployer ses ailes.
Après avoir affiché complet au Festival TransAmériques, Millepertuis laisse entrevoir un avenir prometteur pour ses artisans. Une proposition à la fois accessible et affirmée, qui témoigne de la vitalité d’une danse urbaine en pleine expansion.
Un début sensationnel pour Danse Danse

Dans un tout autre registre, MÁM, de Michael Keegan-Dolan et de la compagnie irlandaise Teaċ Daṁsa, a offert un début sensationnel à la saison Danse Danse. Une soirée irlandaise a déferlé sur le Théâtre Maisonneuve : accordéon et concertina, gigues, party de cuisine, récits, rituels et éclats de fête. Dès l’ouverture, une tringle de rideau d’arrière-scène inclinée laisse graduellement tomber ses tentures, dépouillant peu à peu le théâtre de ses artifices. Puis les interprètes, sensibles, habités et furieusement humains, prennent possession de l’espace.
Pendant 80 minutes absolument envoûtantes, MÁM fait surgir une Irlande d’hier — celle du folklore, de Yeats, de Joyce et de Beckett — autant que celle d’aujourd’hui : survivante, fêtarde, battante, traversée d’une douce et irrésistible folie. Au cœur de cette ronde, une petite fille blonde observe, grignote d’abord son sac de chips, puis se met à danser. Sa présence se prolonge sur scène, comme un fil vivant entre les générations, incarnant la transmission d’une culture qui a résisté à bien des tempêtes.
Passé et présent, tradition et création contemporaine s’embrasent dans cette œuvre généreuse, où la danse devient autant célébration collective que geste de mémoire. Une ouverture magnifique, vibrante et profondément humaine pour la saison Danse Danse.

Millepertuis
Chorégraphie : Sovann Rochon-Prom Tep. Interprétation : Walid « Waldo » Hammani. Musique : Vithou Thurber-Prom Tep et Shash’U (Richard St-Aubin). Lumières et direction technique : Jonathan Cleveland Costumes : Pénélope Dulude-de Broin et Marie-Hélène Gervais. Production déléguée : Lorganisme. A été présenté à l’Agora de la danse du 7 au 9 octobre 2026.
MÁM
Direction et chorégraphie Michael Keegan-Dolan.. Interprètes Agnieszka Opiola, Aki Iwamoto, Amit Noy, Bea Bidault, Ben Sloan, Caimin Gilmore, Daniel Myers, David Six, Holly Vallis, Imogen Alvares, Ino Riga, Jimmy Southward, Kayva Van Gangelen, Keir Patrick, Kim Ceysens, Millie Lang, Rachel Poirier, Timon Koomen et Zen Jefferson.. Musique originale Cormac Begley, Aart Strootman, David Six, Kayva van Gangelen, Lisa de Boos, Maaike van der Linde, Mayah Kadish et Romain Bly.. Scénographie Sabine Dargent. Conception des éclairages Adam Silverman.. Conception des costumes Hyemi Shin.. Conception sonore originale Helen Atkinson.. Conception sonore en direct Sandra Ní Mhathúna. Direction des répétitions Rachel Poirier.. Direction de production Micheal Lonergan.. Régie de la compagnie Iain Synnott. Assistance à la régie Aoife Malin. Régie technique de scène Sean Wright. Direction des éclairages Connor Sale. Technique de son Daragh Murphy. Responsable des costumes Amanda Donovan. Accompagnement Kathleen Lang. Pour Teaċ Daṁsa ; Codirection générale Andrew Jones et Dawn Prentice. Production associée Hannah Grainger Gibbs. Coordination de production Siobhán Joyce O’Callaghan. Était présenté au Théâtre Maisonneuve dans le cadre de la saison Danse Danse du 30 septembre au 4 octobre 2026.



