Tout commence comme un thriller politique bien ancré dans le réel. Une élection de conseil de bande, des clans qui s’affrontent, puis la réminiscence de la disparition de Will et de celle du wampum de la communauté fictive de Whitefish trois décennies auparavant. Polam Nicolas, à qui Étienne Thibeault prête ses traits, est propulsé candidat à la chefferie presque malgré lui. Il se donne alors pour mission de retrouver cet objet sacré fait de perles de coquillages qui scelle des ententes, symbolise la paix et honore la mémoire. Mais c’est une tout autre quête qui l’attend. Peu à peu, le plancher de la réalité se dérobe. L’ombre de Will plane. Le rêve s’infiltre. On ne sait plus exactement à quel moment on bascule — ou si l’on bascule vraiment.

Jeanne Moreau-Vollant incarne Will dans Tupqan, figure énigmatique dont la disparition hante la communauté de Whitefish. © Danny Taillon
La brillante mise en scène de Soleil Launière tisse la danse et le chant à même le récit. Et le réalisme magique s’y invite tout naturellement. La musique envoûtante de CHANCES baigne ainsi la scène d’une trame sonore qui transforme les corps, les espaces, le temps. Les déplacements des comédiens et comédiennes, comme leurs pauses, sont exécutés dans une chorégraphie berçante. Les couleurs des lumières passent de l’orange au mauve, du rose au bleu. Elles se font aussi puissantes que les mots. L’atmosphère suprasensible et onirique qui émane de la scène se propage dans toute la salle; elle nous enveloppe. La magie habite bel et bien le réel. Car c’est là l’un des paradoxes magnifiques de ce spectacle : le merveilleux permet d’évoquer des sujets graves — disparitions de femmes autochtones, corruption ou encore transmission brisée. De fait, ils sont portés avec solennité, mais sans lourdeur, dans une infinie tendresse qui n’efface pourtant jamais la douleur.

Entre réalisme politique et onirisme, la quête du wampum disparu fait basculer la scène vers un territoire où mémoire, rêve et sacré s’entrelacent. © Danny Taillon
Tupqan est en outre une œuvre collective dans son sens le plus plein. Sept nations — Innues, Kanien’kehá:ka, Mi’gmaq, Atikamekw, Gitxsan, Wendate et Wolastoqey — et des allochtones se rencontrent ici, portées par trois compagnies et plusieurs générations d’artistes. On sent une bienveillance collective dans chaque scène, dans chaque intention. Cette multiplicité ne produit pas un patchwork, mais quelque chose d’organique, comme si ces voix, même si elles parlent des langues différentes, chantent depuis toujours à l’unisson. Il y a, par exemple, la poésie de Saulnia Jean-Pierre, qui impressionne par ailleurs alors qu’elle n’a jamais joué de sa vie, qui côtoie l’humour du personnage d’Ines Talbi.

Ines Talbi dans Tupqan. Par touches d’humour et de lucidité, son personnage fait contrepoint à la gravité du récit.
Le wampum, lui, ne se montrera jamais. On ne l’apercevra que dans notre imaginaire. Pourtant, il est là, bien palpable même s’il est invisible. Ce qu’il représente se déplace au fil du spectacle. On s’interroge: qu’est-ce qui nous unit, finalement ? Qu’est-ce qui mérite d’être protégé ? Un territoire, une mémoire, un lien entre les vivants ? Entre les vivants et les morts ? Quelle définition donne-t-on au sacré ? Tupqan signifie « terre » en langue wolastoqey et c’est au terreau de notre humanité que nous sommes renvoyés, à cette force de l’ensemble pour faire un monde un peu meilleur.

Sharon Fontaine-Ishpatao (Dre Cohen) et Kevin Deer (le Porteur) dans Tupqan, œuvre collective où l’enquête autour d’un wampum disparu fait affleurer mémoire, identité et tensions. © Danny Taillon
Création: Œuvre collective. Texte: Dave Jenniss et Xavier Huard. Mise en scène: Soleil Launière. Conseil artistique: Charles Bender. Conseil dramaturgique: Tim Uashteskun Bacon, Jean-Frédéric Messier et Jade-Léon Préfontaine, Une oeuvre d’Ondinnok, en cocréation avec Menuentakuan et Production Auen, Une coproduction Duceppe, Ondinnok, Théâtre autochtone du CNA et Fonds national de création du CNA ,Avec le soutien de la Fondation Cole, Interprétation: Kevin Deer, Sylvie Drapeau, Sharon Fontaine Ishpatao, Saulnia Jean-Pierre, Jeanne Moreau-Vollant, Ines Talbi, Étienne Thibeault et Alexia Vinci, Assistance à la mise en scène: Dominique Cuerrier. Scénographie et accessoires: Julie-Christina Picher. Costumes, maquillage et coiffure: Rose Talbot. Éclairages: Renaud Pettigrew. Musique originale: CHANCES. Mouvement: Claudia Chan Tak. Confection des perruques: Sarah Tremblay. Direction de production: Mélisande Goux. Chez Duceppe jusqu’au 4 avril 2026.
Tout commence comme un thriller politique bien ancré dans le réel. Une élection de conseil de bande, des clans qui s’affrontent, puis la réminiscence de la disparition de Will et de celle du wampum de la communauté fictive de Whitefish trois décennies auparavant. Polam Nicolas, à qui Étienne Thibeault prête ses traits, est propulsé candidat à la chefferie presque malgré lui. Il se donne alors pour mission de retrouver cet objet sacré fait de perles de coquillages qui scelle des ententes, symbolise la paix et honore la mémoire. Mais c’est une tout autre quête qui l’attend. Peu à peu, le plancher de la réalité se dérobe. L’ombre de Will plane. Le rêve s’infiltre. On ne sait plus exactement à quel moment on bascule — ou si l’on bascule vraiment.
Jeanne Moreau-Vollant incarne Will dans Tupqan, figure énigmatique dont la disparition hante la communauté de Whitefish. © Danny Taillon
La brillante mise en scène de Soleil Launière tisse la danse et le chant à même le récit. Et le réalisme magique s’y invite tout naturellement. La musique envoûtante de CHANCES baigne ainsi la scène d’une trame sonore qui transforme les corps, les espaces, le temps. Les déplacements des comédiens et comédiennes, comme leurs pauses, sont exécutés dans une chorégraphie berçante. Les couleurs des lumières passent de l’orange au mauve, du rose au bleu. Elles se font aussi puissantes que les mots. L’atmosphère suprasensible et onirique qui émane de la scène se propage dans toute la salle; elle nous enveloppe. La magie habite bel et bien le réel. Car c’est là l’un des paradoxes magnifiques de ce spectacle : le merveilleux permet d’évoquer des sujets graves — disparitions de femmes autochtones, corruption ou encore transmission brisée. De fait, ils sont portés avec solennité, mais sans lourdeur, dans une infinie tendresse qui n’efface pourtant jamais la douleur.
Entre réalisme politique et onirisme, la quête du wampum disparu fait basculer la scène vers un territoire où mémoire, rêve et sacré s’entrelacent. © Danny Taillon
Tupqan est en outre une œuvre collective dans son sens le plus plein. Sept nations — Innues, Kanien’kehá:ka, Mi’gmaq, Atikamekw, Gitxsan, Wendate et Wolastoqey — et des allochtones se rencontrent ici, portées par trois compagnies et plusieurs générations d’artistes. On sent une bienveillance collective dans chaque scène, dans chaque intention. Cette multiplicité ne produit pas un patchwork, mais quelque chose d’organique, comme si ces voix, même si elles parlent des langues différentes, chantent depuis toujours à l’unisson. Il y a, par exemple, la poésie de Saulnia Jean-Pierre, qui impressionne par ailleurs alors qu’elle n’a jamais joué de sa vie, qui côtoie l’humour du personnage d’Ines Talbi.
Ines Talbi dans Tupqan. Par touches d’humour et de lucidité, son personnage fait contrepoint à la gravité du récit.
Le wampum, lui, ne se montrera jamais. On ne l’apercevra que dans notre imaginaire. Pourtant, il est là, bien palpable même s’il est invisible. Ce qu’il représente se déplace au fil du spectacle. On s’interroge: qu’est-ce qui nous unit, finalement ? Qu’est-ce qui mérite d’être protégé ? Un territoire, une mémoire, un lien entre les vivants ? Entre les vivants et les morts ? Quelle définition donne-t-on au sacré ? Tupqan signifie « terre » en langue wolastoqey et c’est au terreau de notre humanité que nous sommes renvoyés, à cette force de l’ensemble pour faire un monde un peu meilleur.
Sharon Fontaine-Ishpatao (Dre Cohen) et Kevin Deer (le Porteur) dans Tupqan, œuvre collective où l’enquête autour d’un wampum disparu fait affleurer mémoire, identité et tensions. © Danny Taillon
Tupqan | Nos territoires intérieurs
Création: Œuvre collective. Texte: Dave Jenniss et Xavier Huard. Mise en scène: Soleil Launière. Conseil artistique: Charles Bender. Conseil dramaturgique: Tim Uashteskun Bacon, Jean-Frédéric Messier et Jade-Léon Préfontaine, Une oeuvre d’Ondinnok, en cocréation avec Menuentakuan et Production Auen, Une coproduction Duceppe, Ondinnok, Théâtre autochtone du CNA et Fonds national de création du CNA ,Avec le soutien de la Fondation Cole, Interprétation: Kevin Deer, Sylvie Drapeau, Sharon Fontaine Ishpatao, Saulnia Jean-Pierre, Jeanne Moreau-Vollant, Ines Talbi, Étienne Thibeault et Alexia Vinci, Assistance à la mise en scène: Dominique Cuerrier. Scénographie et accessoires: Julie-Christina Picher. Costumes, maquillage et coiffure: Rose Talbot. Éclairages: Renaud Pettigrew. Musique originale: CHANCES. Mouvement: Claudia Chan Tak. Confection des perruques: Sarah Tremblay. Direction de production: Mélisande Goux. Chez Duceppe jusqu’au 4 avril 2026.