Une douce impression de liberté nous transporte lorsque le spectacle se termine. Comme si on venait d’être délesté d’un poids invisible. On se sent même un peu plus intelligent, avec l’impression d’avoir saisi quelque chose d’essentiel, d’avoir réussi à faire des liens. Pourtant, on n’a pas tout compris. Ou si peu. Et c’est précisément là que réside le plaisir trouble de Rumeur et petits jours, troisième création du Raoul Collectif présentée à l’Usine C.
Après Le signal du promeneur et Une cérémonie, le collectif belge composé de Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot revient avec une proposition éclatée, cérébrale et profondément jubilatoire. Créée au Festival d’Avignon en 2016, la pièce nous entraîne dans l’enregistrement de la dernière émission d’un programme radiophonique littéraire intitulé Épigraphe. Cinq intellectuels en quête de beauté y apprennent que leur émission vient d’être annulée. Déstabilisés, blessés dans leur orgueil comme dans leur mission culturelle, ils décident malgré tout de poursuivre l’enregistrement, envers et contre tous.

Dans le décor d’une émission radiophonique littéraire en plein déraillement, Jérôme de Falloise, Romain David, David Murgia, Jean-Baptiste Szézot et Benoît Piret multiplient les joutes verbales © Alice Piemme AML
Ce point de départ relativement simple devient rapidement le terrain d’un délire savamment orchestré. Les animateurs s’abandonnent à d’interminables joutes verbales où se mêlent réflexions philosophiques, digressions absurdes, mauvaise foi, contradictions et envolées poétiques. Tout y passe : la propriété privée, les rapports humains, le rapport au vivant, les grands idéaux, les dérives du discours intellectuel lui-même. Le spectacle ratisse large sans jamais complètement nous perdre. Plus le chaos s’installe, plus le plaisir grandit.
Le génie du Raoul Collectif réside précisément dans cette capacité à créer une impression constante d’improvisation alors que tout semble minutieusement maîtrisé. Les cinq artistes, à la fois auteurs, metteurs en scène et interprètes, portent avec une remarquable précision cette partition touffue et réticulaire. On a souvent l’impression que la pièce ne mène nulle part, avant de réaliser qu’elle nous entraîne subtilement vers quelque chose de plus vaste : une réflexion vertigineuse sur notre besoin de comprendre le monde et d’y trouver du sens.

Sous les néons d’un studio radiophonique qui bascule peu à peu dans l’absurde, les membres du Raoul Collectif transforment les débats intellectuels de Rumeur et petits jours en une fanfare philosophique. © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
L’humour devient ici un formidable moteur critique. Jamais cynique ni lourdement démonstratif, il permet au spectacle d’éviter le piège du discours moralisateur. Les interprètes forment un chœur déconstruit d’une redoutable efficacité comique. Leur complicité est palpable, leur plaisir de jouer contagieux. Et plus la représentation avance, plus on accepte de lâcher prise avec eux.
Une grande liberté émane de cette création, et cela fait un bien fou. Dans une époque obsédée par la nécessité d’expliquer, de décortiquer et de prendre position sur tout, Rumeur et petits jours ose plutôt embrasser le doute, l’absurde et la confusion. Quand tout vole en éclats et qu’on reçoit cette tempête de sable en plein visage, on en redemande.

Les animateurs de Rumeur et petits jours voient peu à peu le réel se désagréger autour d’eux © Céline Chariot
Puis, lorsque les lumières se rallument et qu’on revient doucement sur le plancher des vaches, quelque chose persiste. Une euphorie légère, presque fraternelle. Comme après une longue nuit passée à refaire le monde autour d’une table encombrée de verres de bière et d’amis. Pendant quelques instants, tout semble encore possible.
De et par Le Raoul Collectif (Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szézot). Assistance à la mise en scène : Yaël Steinmann. Stagiaire assistante : Rita Belova. Direction technique et création lumières : Philippe Orivel. Costumes : Natacha Belova. Renfort scénographie : Valentin Périlleux. Conception sonore : Julien Courroye. Régie son en alternance : Julien Courroye et Benoît Pelé. Régie lumières en alternance : Philippe Orivel, Isabelle Derr et Nicolas Marty. Chargées de production et de diffusion : Catherine Hance et Aurélie Curti. Production : Raoul Collectif. Coproduction : Théâtre National Wallonie-Bruxelles, Théâtre de Liège, Théâtre de Namur et Manège.Mons. Avec le soutien de Fédération Wallonie Bruxelles CAPT, Zoo Théâtre absl et Chaufferie Acte1. Présenté du 7 au 9 mai 2026 à l’Usine C.
Une douce impression de liberté nous transporte lorsque le spectacle se termine. Comme si on venait d’être délesté d’un poids invisible. On se sent même un peu plus intelligent, avec l’impression d’avoir saisi quelque chose d’essentiel, d’avoir réussi à faire des liens. Pourtant, on n’a pas tout compris. Ou si peu. Et c’est précisément là que réside le plaisir trouble de Rumeur et petits jours, troisième création du Raoul Collectif présentée à l’Usine C.
Après Le signal du promeneur et Une cérémonie, le collectif belge composé de Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot revient avec une proposition éclatée, cérébrale et profondément jubilatoire. Créée au Festival d’Avignon en 2016, la pièce nous entraîne dans l’enregistrement de la dernière émission d’un programme radiophonique littéraire intitulé Épigraphe. Cinq intellectuels en quête de beauté y apprennent que leur émission vient d’être annulée. Déstabilisés, blessés dans leur orgueil comme dans leur mission culturelle, ils décident malgré tout de poursuivre l’enregistrement, envers et contre tous.
Dans le décor d’une émission radiophonique littéraire en plein déraillement, Jérôme de Falloise, Romain David, David Murgia, Jean-Baptiste Szézot et Benoît Piret multiplient les joutes verbales © Alice Piemme AML
Ce point de départ relativement simple devient rapidement le terrain d’un délire savamment orchestré. Les animateurs s’abandonnent à d’interminables joutes verbales où se mêlent réflexions philosophiques, digressions absurdes, mauvaise foi, contradictions et envolées poétiques. Tout y passe : la propriété privée, les rapports humains, le rapport au vivant, les grands idéaux, les dérives du discours intellectuel lui-même. Le spectacle ratisse large sans jamais complètement nous perdre. Plus le chaos s’installe, plus le plaisir grandit.
Le génie du Raoul Collectif réside précisément dans cette capacité à créer une impression constante d’improvisation alors que tout semble minutieusement maîtrisé. Les cinq artistes, à la fois auteurs, metteurs en scène et interprètes, portent avec une remarquable précision cette partition touffue et réticulaire. On a souvent l’impression que la pièce ne mène nulle part, avant de réaliser qu’elle nous entraîne subtilement vers quelque chose de plus vaste : une réflexion vertigineuse sur notre besoin de comprendre le monde et d’y trouver du sens.
Sous les néons d’un studio radiophonique qui bascule peu à peu dans l’absurde, les membres du Raoul Collectif transforment les débats intellectuels de Rumeur et petits jours en une fanfare philosophique. © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
L’humour devient ici un formidable moteur critique. Jamais cynique ni lourdement démonstratif, il permet au spectacle d’éviter le piège du discours moralisateur. Les interprètes forment un chœur déconstruit d’une redoutable efficacité comique. Leur complicité est palpable, leur plaisir de jouer contagieux. Et plus la représentation avance, plus on accepte de lâcher prise avec eux.
Une grande liberté émane de cette création, et cela fait un bien fou. Dans une époque obsédée par la nécessité d’expliquer, de décortiquer et de prendre position sur tout, Rumeur et petits jours ose plutôt embrasser le doute, l’absurde et la confusion. Quand tout vole en éclats et qu’on reçoit cette tempête de sable en plein visage, on en redemande.
Les animateurs de Rumeur et petits jours voient peu à peu le réel se désagréger autour d’eux © Céline Chariot
Puis, lorsque les lumières se rallument et qu’on revient doucement sur le plancher des vaches, quelque chose persiste. Une euphorie légère, presque fraternelle. Comme après une longue nuit passée à refaire le monde autour d’une table encombrée de verres de bière et d’amis. Pendant quelques instants, tout semble encore possible.
Rumeur et petits jours
De et par Le Raoul Collectif (Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szézot). Assistance à la mise en scène : Yaël Steinmann. Stagiaire assistante : Rita Belova. Direction technique et création lumières : Philippe Orivel. Costumes : Natacha Belova. Renfort scénographie : Valentin Périlleux. Conception sonore : Julien Courroye. Régie son en alternance : Julien Courroye et Benoît Pelé. Régie lumières en alternance : Philippe Orivel, Isabelle Derr et Nicolas Marty. Chargées de production et de diffusion : Catherine Hance et Aurélie Curti. Production : Raoul Collectif. Coproduction : Théâtre National Wallonie-Bruxelles, Théâtre de Liège, Théâtre de Namur et Manège.Mons. Avec le soutien de Fédération Wallonie Bruxelles CAPT, Zoo Théâtre absl et Chaufferie Acte1. Présenté du 7 au 9 mai 2026 à l’Usine C.