Le titre de ce second dossier de l’année du 50e de Jeu ouvre un vaste champ d’exploration. Or, écrire, c’est choisir ! Et diriger un dossier, aussi : que retenir de tous les possibles qu’évoque ce thème, « En chœur » ? Quelles orientations doit-on laisser de côté ?
Bien sûr, la question de la choralité contemporaine s’est rapidement imposée dans nos discussions puisqu’à partir du 20 siècle le théâtre a renoué avec le chœur antique, l’a réhabilité. Cependant, si dans le théâtre grec le chœur était un personnage collectif et uni, dans son traitement contemporain, il est devenu fragmenté et multiple. Certes féconde, cette piste de la place et des caractéristiques de la choralité sur les scènes aujourd’hui n’est pas celle que nous avons suivie. Un seul dossier jamais ne videra le sujet !
En revanche, nous avons gardé du chœur antique son caractère d’intermédiaire entre la scène et le public : physiquement installé entre les deux, il commentait l’action des personnages et se composait de citoyens, d’amateurs. Ce personnage collectif, qui assistait aux événements se déroulant sur scène au même titre que le public, dont il devenait le porte-parole, constituait à la fois un truchement (interprète) et un pont entre la salle et la scène.
« En chœur » évoque aussi bien l’idée de simultanéité que celle de collectivité : il s’agit d’être au même diapason, en même temps. Le temps d’un battement, de cet intervalle de temps où l’on se retrouve dans un théâtre à raconter ou écouter une histoire, à en saisir les émotions, à en comprendre les enjeux. Un même cœur qui bat !
On explorera, dans ce dossier, le lien qui se trame entre la salle et la scène à travers des pratiques qui peuvent sembler disparates, mais qui partagent l’ambition de faire vivre un théâtre interrogeant les enjeux géoculturels et géopolitiques actuels. Ainsi en est-il de ces créations ou de ces lieux de diffusion qui engagent la bienveillance et l’empathie, voire la douceur, pour mieux remettre en question, et à sa place, l’obsession de pouvoir et de cupidité d’un monde au bord de l’abîme. (Katya Montaignac, « Le c(h)œur comme nerf de l’être ensemble »; Caroline Coicou Mangerel, « Forger le lien chez les jeunes publics ».)
Le battement est mouvement et vie ! Il est aussi choc et collision! Plusieurs articles observent des démarches théâtrales qui inscrivent le théâtre dans sa communauté, qui se jouent du quatrième mur, qui abordent les défis sociétaux, qui peuvent même se faire laboratoire démocratique. Encore ici, on peut se rappeler que le théâtre de la Grèce antique – qui accueillait dans ses gradins en plein air, ouverts sur la cité, un public conscient du monde et des personnes qui l’entouraient – posait déjà, à travers ses multiples histoires, la question de la responsabilité humaine dans le mouvement du monde. Le nôtre, de monde, se fait assez désespérant, or si le théâtre ne peut sans doute pas, à lui seul, le changer, il peut – ou doit –, par sa capacité à solliciter l’intelli- gence et l’émotion du public, l’exposer, l’ausculter et le mettre en jeu. (Marie- Dominique Cousineau, « Des planches qui se chauffent du même bois » ; Joël Beddows, « Un théâtre francophone au carrefour des pluralités » ; Renato Rodriguez-Lefebvre, « Résonance entre les langues autochtones et d’ailleurs »; Mariam « Nakato » Tounkara, « Quand la salle se fait chœur » ; Anne-Marie Cousineau, « Sofia Blondin : veiller à ne pas perdre le sens ».)
« En chœur – les battements » traite donc du théâtre dans la cité, du pont entre la scène et la salle. Jeu témoigne précisément des arts du spectacle vivant à travers critiques, analyses d’œuvres et entrevues avec ses artisanes et artisans depuis un demi-siècle. Deux articles traiteront de ce rôle que la revue tient depuis 50 ans et peut encore jouer en ces temps de réseaux sociaux et d’IA. (Louise Vigeant, « Le triangle amoureux » ; Guylaine Massoutre et Léa Villalba, « La critique en danse : d’une génération à l’autre ».)
Entre les dossiers « En marche » et « En crises », cette livraison constitue elle-même même un pont. Et l’occasion de rappeler que, de battre, notre c(h)œur ne s’arrêtera pas ! Ni celui des arts du spectacle vivant ! Ni celui de la revue, au moins pour les 50 prochaines années !
LE DOSSIER EN chœur DANS LA REVUE :
Le c(h)œur comme nerf de l’être ensemble | Katya Montaignac
Forger le lien chez les jeunes publics | Caroline Coicou Mangerel
Des planches qui se chauffent du même bois | Marie-Dominique Cousineau
Un théâtre francophone au carrefour des pluralités | Joël Beddows
Résonances entre les langues autochtones et d’ailleurs | Renato Rodrigues-Lefebvre
Quand la salle se fait chœur | Mariam « Nakato » Tounkara
Le triangle amoureux | Louise Vigeant
La critique en danse : d’une génération à l’autre | Guylaine Massoutre et Léa Villalba
Sofia Blondin : veiller à ne pas perdre le sens | Anne-Marie Cousineau
Le titre de ce second dossier de l’année du 50e de Jeu ouvre un vaste champ d’exploration. Or, écrire, c’est choisir ! Et diriger un dossier, aussi : que retenir de tous les possibles qu’évoque ce thème, « En chœur » ? Quelles orientations doit-on laisser de côté ?
Bien sûr, la question de la choralité contemporaine s’est rapidement imposée dans nos discussions puisqu’à partir du 20 siècle le théâtre a renoué avec le chœur antique, l’a réhabilité. Cependant, si dans le théâtre grec le chœur était un personnage collectif et uni, dans son traitement contemporain, il est devenu fragmenté et multiple. Certes féconde, cette piste de la place et des caractéristiques de la choralité sur les scènes aujourd’hui n’est pas celle que nous avons suivie. Un seul dossier jamais ne videra le sujet !
En revanche, nous avons gardé du chœur antique son caractère d’intermédiaire entre la scène et le public : physiquement installé entre les deux, il commentait l’action des personnages et se composait de citoyens, d’amateurs. Ce personnage collectif, qui assistait aux événements se déroulant sur scène au même titre que le public, dont il devenait le porte-parole, constituait à la fois un truchement (interprète) et un pont entre la salle et la scène.
« En chœur » évoque aussi bien l’idée de simultanéité que celle de collectivité : il s’agit d’être au même diapason, en même temps. Le temps d’un battement, de cet intervalle de temps où l’on se retrouve dans un théâtre à raconter ou écouter une histoire, à en saisir les émotions, à en comprendre les enjeux. Un même cœur qui bat !
On explorera, dans ce dossier, le lien qui se trame entre la salle et la scène à travers des pratiques qui peuvent sembler disparates, mais qui partagent l’ambition de faire vivre un théâtre interrogeant les enjeux géoculturels et géopolitiques actuels. Ainsi en est-il de ces créations ou de ces lieux de diffusion qui engagent la bienveillance et l’empathie, voire la douceur, pour mieux remettre en question, et à sa place, l’obsession de pouvoir et de cupidité d’un monde au bord de l’abîme. (Katya Montaignac, « Le c(h)œur comme nerf de l’être ensemble »; Caroline Coicou Mangerel, « Forger le lien chez les jeunes publics ».)
Le battement est mouvement et vie ! Il est aussi choc et collision! Plusieurs articles observent des démarches théâtrales qui inscrivent le théâtre dans sa communauté, qui se jouent du quatrième mur, qui abordent les défis sociétaux, qui peuvent même se faire laboratoire démocratique. Encore ici, on peut se rappeler que le théâtre de la Grèce antique – qui accueillait dans ses gradins en plein air, ouverts sur la cité, un public conscient du monde et des personnes qui l’entouraient – posait déjà, à travers ses multiples histoires, la question de la responsabilité humaine dans le mouvement du monde. Le nôtre, de monde, se fait assez désespérant, or si le théâtre ne peut sans doute pas, à lui seul, le changer, il peut – ou doit –, par sa capacité à solliciter l’intelli- gence et l’émotion du public, l’exposer, l’ausculter et le mettre en jeu. (Marie- Dominique Cousineau, « Des planches qui se chauffent du même bois » ; Joël Beddows, « Un théâtre francophone au carrefour des pluralités » ; Renato Rodriguez-Lefebvre, « Résonance entre les langues autochtones et d’ailleurs »; Mariam « Nakato » Tounkara, « Quand la salle se fait chœur » ; Anne-Marie Cousineau, « Sofia Blondin : veiller à ne pas perdre le sens ».)
« En chœur – les battements » traite donc du théâtre dans la cité, du pont entre la scène et la salle. Jeu témoigne précisément des arts du spectacle vivant à travers critiques, analyses d’œuvres et entrevues avec ses artisanes et artisans depuis un demi-siècle. Deux articles traiteront de ce rôle que la revue tient depuis 50 ans et peut encore jouer en ces temps de réseaux sociaux et d’IA. (Louise Vigeant, « Le triangle amoureux » ; Guylaine Massoutre et Léa Villalba, « La critique en danse : d’une génération à l’autre ».)
Entre les dossiers « En marche » et « En crises », cette livraison constitue elle-même même un pont. Et l’occasion de rappeler que, de battre, notre c(h)œur ne s’arrêtera pas ! Ni celui des arts du spectacle vivant ! Ni celui de la revue, au moins pour les 50 prochaines années !
LE DOSSIER EN chœur DANS LA REVUE :
Le c(h)œur comme nerf de l’être ensemble | Katya Montaignac
Forger le lien chez les jeunes publics | Caroline Coicou Mangerel
Des planches qui se chauffent du même bois | Marie-Dominique Cousineau
Un théâtre francophone au carrefour des pluralités | Joël Beddows
Résonances entre les langues autochtones et d’ailleurs | Renato Rodrigues-Lefebvre
Quand la salle se fait chœur | Mariam « Nakato » Tounkara
Le triangle amoureux | Louise Vigeant
La critique en danse : d’une génération à l’autre | Guylaine Massoutre et Léa Villalba
Sofia Blondin : veiller à ne pas perdre le sens | Anne-Marie Cousineau
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