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À Saguenay, Jocelyn Pelletier imprime sa marque avec sa première saison à La Rubrique

Pour sa première saison à la tête du Théâtre La Rubrique, Jocelyn Pelletier impose sa signature. La programmation 2026-2027, dévoilée jeudi, 11 juin 2026, devant près de 150 invité·e·s, réunit 16 œuvres placées sous les signes de la résistance, de la solidarité et de la « désobéissance ». Une orientation qui confirme que le passage de flambeau, amorcé l’an dernier après le départ de Benoît Lagrandeur, marque bel et bien un changement de cap pour l’institution saguenéenne.

Connu pour une certaine radicalité dans sa propre démarche artistique, notamment au sein des Écornifleuses, Pelletier signe par ailleurs lui-même une des pièces fortes de cette programmation : Dimanche à Sodome, une relecture féministe et sensorielle du récit biblique de Sodome et Gomorrhe, où la désobéissance devient un acte de résistance face à l’autorité et à l’effacement des voix féminines.

Une scène de la pièce Dimanche à Sodome lorsque présentée à Québec au Théâtre Périscope © Sébastien Durocher

Une production attendue signée La Rubrique

Hors des 16 propositions de la saison mais annoncée dans la foulée, un spectacle porte la signature de La Rubrique elle-même : Textos, une œuvre inédite de Larry Tremblay mise en scène par Jocelyn Pelletier et Dany Lefrançois. Le pari est de taille : réunir cinq jeunes interprètes du Saguenay–Lac-Saint-Jean autour d’un texte de Tremblay qui explore les défis de la communication contemporaine, à la croisée du théâtre de création et des arts de la marionnette. Pour une première saison, le choix de miser sur la relève régionale plutôt que sur une distribution chevronnée n’a rien d’anodin : c’est aussi par cette production unique que Pelletier annonce la couleur de son mandat. Le spectacle sera présenté en juillet 2027 pendant le Festival international des arts de la marionnette (FIAMS).

De la création québécoise actuelle au cœur de la programmation

Plusieurs choix témoignent d’une volonté de faire dialoguer La Rubrique avec les courants les plus actuels de la création québécoise. Ces regards amoureux de garçons altérés (Prospero), qui plonge dans les zones troubles du désir et de la dépendance par une parole crue, et Lumières, lumières, lumières (Comédie-Française et Les songes turbulents), inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf, comptent parmi les propositions les plus discutées de la scène contemporaine depuis leur création. Leur présence à Saguenay s’inscrit dans cette logique de « territoires » que défend Pelletier : faire circuler dans la région des œuvres qui ont marqué les grands centres.

Le corps expose ses failles, ses désirs et ses dépendances, entre vulnérabilité et intensité, dans Ces regards amoureux de garçons altérés d’Éric Noël et Philippe Cyr. © Maxim Paré Fortin

Pluralité des voix et des identités

La saison fait aussi une large place à des récits portés par des artistes issus de la diversité. Neige sur Abidjan (Orange Noyée et Centre du Théâtre d’Aujourd’hui), où Iannicko N’Doua revisite son histoire familiale entre Québec et Côte d’Ivoire, et Ciseaux (Pleurer Dans’ Douche), qui replonge dans l’histoire queer montréalaise à travers archives, drag et prises de parole militantes, en sont les exemples les plus marquants. ANGLE MORT, de Stéphanie Morin-Robert, sur le handicap et la représentation des corps, complète cet axe consacré aux récits identitaires et aux appartenances.

Iannicjo N’Doua dans Neige sur Abidjan © Valérie Remise

La danse urbaine s’installe à La Rubrique

Si le théâtre demeure au cœur de la mission de l’organisme — fondé en 1979 et dédié au « théâtre sous toutes ses formes » et aux arts de la marionnette —, la part accordée à la danse dans cette nouvelle saison frappe par son ampleur. Sous l’ère Lagrandeur, la danse contemporaine figurait déjà ponctuellement à la programmation, mais jamais avec une telle présence ni une telle orientation. SKLTR (Charles Brøken Brecard x 7Starr), qui fait fusionner le krump et la danse contemporaine dans une œuvre collective sur la rage, et bang bang (Cie Manuel Roque), qui pousse l’endurance des interprètes jusqu’à ses limites, traduisent une volonté manifeste d’inscrire La Rubrique dans les tendances actuelles en danse contemporaine.

SKLTR déploie un krump aux accents mythologiques, porté par une énergie brute et incarnée. © Mathieu Lion


Les autres spectacles de la saison

À poils (Compagnie s’Appelle Reviens) transforme le plateau en terrain de jeu pour les tout-petits, à la découverte d’un univers ludique et foisonnant.

Merci d’être venus (Le Complexe), présenté en codiffusion avec le Centre d’écoute et de prévention du suicide 02, voit Gabriel Morin transformer le suicide de son frère en une œuvre oscillant entre confidence et humour.

Il y a quelque chose de pourri (Elvis Alatac) revisite Hamlet à travers un théâtre d’objets bricolé et déjanté.

Flo des rives (Théâtre du Gros Mécano) métamorphose le fleuve et les paysages du littoral québécois en une fable poétique sur la transmission et les figures féminines.

176 pas (Théâtre de l’Œil) explore, par les marionnettes et la musique, la peur de l’inconnu, l’anxiété et l’amitié.

Département des retours (Les sœurs kif-kif) détourne l’univers de la consommation en un terrain de jeu absurde et acrobatique.

Opéra 101  (Rigoletta), en codiffusion avec l’Opéra du Royaume, propose une conférence déjantée où l’histoire de l’opéra bascule dans le chaos et la fantaisie.

Fils manqués? (La Tourbière) met en scène les corps clownesques de René Bazinet et David-Alexandre Després dans une exploration de la figure paternelle, entre virtuosité et émotion.